mercredi 19 avril 2017

  Autrefois, nous étions quelques motards sauvages rassemblés autour du feu pour nous brûler les yeux à la braise et à l’alcool. Nos amies étaient provocantes et le vent tournait sans cesse, nous enfumant tour à tour. Le plus souvent, la fatigue m’entraînait le premier et je saluais mes invités avant d’aller me coucher, après les avoir priés de continuer en ajoutant des bûches au brasier.
    Bien plus tard, dans un demi-sommeil j’entendais les coups de kick, les jurons, les rires, puis les machines qui tournaient au ralenti. La mélodie syncopée des bicylindres montait en puissance à mesure qu’ils s’éloignaient.
    Quand le dernier d’entre eux avait quitté mon jardin, j’ouvrais les yeux un instant pour observer l’ombre des flammes décliner entre les rideaux. Je me sentais heureux d’avoir passé une dernière nuit sur terre en compagnie de mes camarades de cordée maléfique, d’une sauvagerie et d’une simplicité à faire hésiter la chouette hulotte qui chassait à cet instant, confrontée au vent et à la nuit qui m’avaient toujours enivré.

(1470)

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