samedi 24 juin 2017

   Selon mon père, il était nécessaire de prévoir ce qui allait arriver, ce qui avait peu de chance d’advenir, ce qui n’arriverait jamais, etc. Il ajoutait qu’il était tout aussi important de se garder de prévoir quoi que ce soit, puis de faire la synthèse de l’ensemble afin de se tenir prêt sans être préparé.
    Par bonheur, ma mère aimait la pluie. « Allons plutôt marcher », me disait-elle.
    Sur son chapeau noir à larges bords rebondissaient violemment les gouttelettes, et se formait autour d’elle un intense brouillard. Malgré tout, ses yeux restaient grands ouverts, comme toujours, et à peine plus humides qu’en temps normal. Nous avancions en forêt à la recherche d’un vent plus fort, de cascades et d’animaux bondissant à travers tout.
    J’ai conservé d’elle cette façon d’aborder avec plaisir les endroits impraticables. Quand le ciel s’assombrit, et alors que la plupart des hommes se calfeutrent chez eux, je prends mon chapeau et je vais à la recherche de ces lieux inaccessibles où je serai débordé par des éléments incontrôlables, où se développe l’harmonie entre la folie brute et la sauvagerie, où tout est violence et vitalité chaotique, avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment.

(1486)


Forêt de Bornéo - David Lazar

5 commentaires:

  1. Vos chutes mon très cher marquis vous me la clouer belle. Je ne peux jouer avec çà un torrent m’emporterait et je ne pourrai revenir au rivage…
    « avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment », pour moi je coupe merci de ces deux beaux témoignages dans la plume qui excelle diable de bounome comme on dit chez moi en charente
    je vous embrasse très fort avant la grosse tornade…
    Duchesse de Pin

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  2. Vous me trouvez au saut du lit, chère Duchesse, je sais que répondre...

    Tout juste : merci.

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  3. J'aime bien la pluie. Même quand il pleut.

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  4. Un texte que j'ai relu plusieurs fois. Merci, c'est beau comme l'orage, c,est beau comme une histoire.

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    1. Sans la pluie et les orages, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue.

      Merci pour votre passage, ...

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