lundi 31 juillet 2017

   Au gynécologue enthousiaste qui venait lui annoncer ma naissance avec cette question : « Préférez-vous une fille ou un garçon ? », mon père, défait devant l'Éternel, répondit avec la sincérité brute qui était la sienne : « Un singe. »
    Et c’est pourquoi, bien qu'étant de petite taille, je possède de longs bras vigoureux et musclés qui me permettent d’envisager l'Amazonie Universelle comme le seul lieu d’un éventuel épanouissement.

(1591)


Delorée au faîte de tout - Photographie Gérard Legendre

samedi 29 juillet 2017

   - Enfin…
   - Quoi donc ?
   - Il pleut.

(1374)


Pampre et consorts attendant la pluie






   Si vous avez des doutes, regardez-la dormir. Dans son sommeil, si elle vous semble être ici et maintenant, alors elle est parfaite.
    Quand elle ne se balance pas entre les lianes, la femme intéressante est toujours à sa place dans son lit, au côté d’un petit livre entrouvert et annoté.

(1589)


Lectrice modérée - Document l'Éther

    - Allez-vous enfin vous débarrasser de ces ronces épineuses ?
    - Ce sont des muriers sauvages, abruti.

(1588)


Houbiste-cueilleur et technicolor
   Parce qu’il se demandait si son travail améliorait réellement l’état du monde, Alexandre Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens du XXème siècle, posa une question fondamentale à ses collègues :
    - Pourquoi faisons-nous de la recherche scientifique ?    
    Aucune des réponses obtenues ne lui parut satisfaisante. La science devenait de plus en plus dangereuse pour l’homme et son environnement, et personne ne semblait en être conscient.
    Constatant l’augmentation du nombre de suicides parmi ses étudiants et confrères, il quitta son travail. Mais en essayant d’abandonner l’obsession qui conduit à la folie, on ne devient pas moins fou.
    Alexandre Grothendieck passa les vingt dernières années de sa vie dans une petite maison à la campagne. Il sortait peu. Les villageois ne l’apercevaient pas même dans son jardin où, paraît-il, des heures durant il demandait pardon aux herbes folles.
    Que peut faire un homme clairvoyant en ce monde, sinon demander pardon à tout ce qu’il abime par sa simple présence ?   
    Tous les hommes sont fous, c’est entendu, mais celui qui souffre en entendant le bruit d’une branche qui craque sous ses pas n’est certainement pas le plus fou d’entre tous. Les plus grands malheurs proviennent à chaque fois d’un manque de sensibilité.

(1587)


vendredi 28 juillet 2017

   D’abord on est déçu, puis on devient décevant. Ensuite on prend un calmant, on s’allonge et tout s’arrange.

(1370)


mercredi 26 juillet 2017

   Selon toute vraisemblance, c’est Robert Crumb, l'ancien entraîneur sportif de Serena Williams, qui a créé la première femme génétiquement modifiée : Anastasia kvítko.

(1579)



mardi 25 juillet 2017

   On est soi-même l’origine du malheur, c’est bien connu. La seule chose amusante, c’est de faire quelque chose qui ressemble à ce qu’on appelle une œuvre d’art, comme celui qui compose pour mandoline ou pour piano. Ce sont toujours de petites études. Quand c’est terminé, on ressent une putain de joie. Puis à la fin on se dit qu’on a fait tout ça pour des prunes et que soi-même on en a pris plein la poire.
 
(Thomas Bernhard - Extrait d'un entretien)





 

lundi 24 juillet 2017

   Rien ne peut vraiment nous satisfaire, mais il nous arrive cependant d’être satisfait - pour un rien ou pour rien, la plupart du temps.

(1584)


Le fuschia est un homme en suspension

    Parce qu’ils s’ennuient autour de la piscine qu’ils viennent de faire creuser, ils achètent un camping-car pour tracter leur voilier jusqu’au bord de mer, où l’apparition d’un mur de carrosseries défavorisera la contemplation des plaisanciers aux ancres entremêlées.
    Désappointés, ils allumeront alors la télévision et videront une bouteille de ce même alcool qu'ils buvaient lorsque, jeunes, pauvres et pleins de projets, ils désiraient parcourir l’espace infini après avoir visionné un documentaire consacré aux îles Vierges.


(1583)



Quant au réel, nous l'invitons à se faire voir ailleurs

jeudi 20 juillet 2017

   On a toujours un peu honte d’avoir été terrien, même si on a tenté de l’être le moins possible.

(1576)


Puissance du sentiment océanique

   Lorsque tout va bien, il n’y a guère qu’un grand malheur qui peut encore améliorer les choses.

(1575)

 

Tout allait pourtant tellement bien

   Witold Gombrowicz dit avec justesse que l’homme doit reconnaître son immaturité, qu’il sera toujours considéré comme un sot par ses arrière-petits-enfants. Cependant, par les autres hommes aussi chacun d’entre nous est considéré comme un sot, et le moins sot d’entre les hommes doit se considérer lui-même comme un sot par rapport à l’homme qu’il sera dans quelques instants.

(1574)

 

Houbiste en proie

mercredi 19 juillet 2017

   C’est dans l’instant qui précède le sommeil que l’esprit est le plus éveillé. Et peut-être même le sommeil est-il un éveil absolu.

(1573)

 

Extra-lucide en devenir

   La meilleure chose qu’il puisse arriver à un homme sérieux et sûr de lui, c’est qu’il attrape un virus difficile à combattre.


(1571)

 

L'adverse, bénéfique

   L’été est décidément la pire des saisons. La température monte, les jours n’en finissent pas, le sol se dessèche, les voisins organisent des barbecues et les nuits sont sonorisées par les fêtes de quartier. S’il n’y avait de temps à autre un violent orage accompagné de trombes d’eau, je passerais volontiers cette saison en estivation, comme le crocodile dans la vase, au frais.

(1570)


Mutatis mutandis


dimanche 16 juillet 2017

    De temps à autre, c’était lui qui marchait devant, à une centaine de mètres, mais le plus souvent c'était elle qui progressait en avant, car il titubait, ou presque.
    Lorsqu’ils étaient fatigués, ils s’allongeaient côte à côte.

    - Tête-bêche, disait-elle.

    Ensuite ils repartaient, peut-être à cause de la pluie ou d’un jet de pierre.
    La nuit, ils dormaient près du feu qu’ils avaient allumé avec des branchages.

    (C’était justement le mot branchage qui avait résonné en pleine nuit et l’avait réveillé autrefois, à cet instant où il avait commencé à entendre des voix. Mais passons, voulez-vous.)

    Donc, ils ne disaient rien, mais à certains moments ils se lançaient dans des conversations portant sur les sujets majeurs, en employant les mots les plus justes.

    - Lampion.
    - Trismégiste.
    - Houlà.
    - Tes cuisses.
    - Ess.

    Ils se nourrissaient de fruits secs qu’ils avaient emportés dans leurs poches. Il buvaient souvent aussi, à petite gorgées, un mélange de jus de citron et d’autre chose.
    Quand elle se reposait, il tournait alentour pour se ventiler. Quand, au contraire, c’était lui qui faisait une halte, elle continuait. Plus tard, il devrait courir pour la rejoindre, mais il était d’une rare endurance au réveil sous la futaie.
    Dès qu’un étang apparaissait, ils se laissaient glisser dans l’eau en frémissant.
    Derrière eux, tout était en feu. Devant eux, c’était sombre et vert, et bleu nuit, avec des lianes.
    Je ne peux vous dire ce qu’ils sont devenus, ni quel est celui qui a fini par abandonner, mais je pense que ni l’un ni l’autre n’a désiré rompre cet assemblage, même exténué. Peut-être se sont-ils arrêtés simplement, de concert, parce que c’était bon.
    Un jour, quelqu’un lança les recherches (il se trouve toujours une bonne âme pour abîmer les plus belles choses).
    Malgré toutes les pales déployées, on ne retrouva ni son chapeau à lui, ni son vélo à elle. Un passant désorienté avait probablement fait une bonne affaire en se les appropriant, car c’étaient des objets de grande qualité, bien qu’ils eussent beaucoup servi.
    Je dois maintenant vous dire la chose principale : leur voyage fut très amusant, car ils aimaient rire à l’intérieur, et absolument impossible.
    Au moment où je les ai quittés (en réalité elle était déjà loin devant), il m’a simplement donné une feuille de papier pliée en quatre.
    A l’instant où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore lu ce qu’il est écrit là-dessus. J’ai peut-être peur d’être déçu, mais cela m’étonnerait, car je sais de naissance qu’il est impossible d’être déçu par une absence de signe.
    C’était il y a bien longtemps. Ils sont probablement ensevelis avec plaisir sous la mousse, à cette heure-ci.
    Je vais maintenant déplier le papier et lire les inscriptions à voix haute. Il s’agit certainement d’une courte phrase, ou moins encore. Deux ou trois mots, ou à peine plus.

(1506)


   Elle nous est d'autant plus agréable qu'une partie d'elle-même nous est fort désagréable.

(1457)



La femme est heureusement fatale

vendredi 14 juillet 2017

       Les mots tiennent ensemble le temps d’une phrase puis ils se séparent. Ne subsiste alors que l’émotion procurée par la disparition de cette phrase. Ensuite, si l’on écoute avec attention les mots qui restent, un à un, ils éclatent en lettres séparées qui elles aussi se dispersent. Et nous restons là, enivrés de rien sous un ciel parsemé de points lumineux illisibles.

(1502)


La Brouette enchantée (vue intermédiaire)

jeudi 13 juillet 2017

   Nous serons véritablement humains lorsque nous parviendrons à nous haïr sans rancune excessive et à nous aimer sans espoir.

(1501)


La Brouette enchantée (détail)
   Lubrique ? Quelle femme ou quel homme brûlant d'un désir passionné ne l’a jamais été ?

(1499)


   Sans le bruit du tonnerre et les éclairs d’orages, sans la vapeur d’eau qui vient avec la pluie, sans un sourire apparaissant sur un visage de femme ébouriffée, et sans son regard noir, la vie ne vaudrait rien.

(1498)



La Brouette enchantée

mercredi 12 juillet 2017

   Une œuvre d’art devient vite encombrante. Les plus réussies vibrent pendant quelque temps, mais ensuite elles dépérissent. Accrochez votre tableau préféré au mur et vous finirez par ne plus l’aimer. Posez une sculpture dans votre jardin et, si le lierre ne l’envahit pas, elle perdra bientôt tout son charme. Le rat de bibliothèque et le conservateur de musée ont en commun l’amour de l’air vicié et de l’ordre.
    Comme j’écris ceci, je remarque une petite bestiole qui se balade sur l’écran. Je vais couper le courant et me rendre dans le jardin. Il se fait tard. La partie du monde où je vis est enfin éteinte, et je m’éveille en compagnie du hibou moyen-duc et de monsieur Hou.
    La nuit mérite qu’on l’accueille avec les yeux grands ouverts. Si j’étais croyant, je prierais pour l’obscurité et le mystère.

(1497)


mardi 11 juillet 2017

   Le concept de mobilité durable ou déplacement durable est apparu au Molysmocène*.
   Peut-être s’agissait-il de se déplacer sans jamais s’arrêter, de promouvoir le mouvement perpétuel ou d’interdire la sieste, personne ne réussit vraiment à définir cette affaire qui, par ailleurs, engendra le pire par enthousiasme pour le meilleur.
    Comme à chaque fois chez l’homme, le contraire l’avait emporté haut la main.

   *Certains auteurs ont préféré nommer cette époque de l’histoire  « Anthropocène », « Industrialocène », « Capitalocène » ou « Mégalocène ». Les moins pédants ont proposé le terme « Poubellien ».

(1496)



Droit dans ses bottes




Droit du sol

mercredi 5 juillet 2017

   Le commerce est appelé équitable quand un homme pauvre et affamé se trouve devant un sandwich vendu au juste prix.

(1495)


mardi 4 juillet 2017

   L'homme assassine toujours ce qu'il aime; ainsi nous, les pionniers, avons tué notre nature sauvage. Certains disent que c'était nécessaire. Peut-être, mais je suis heureux de ne pas devoir être jeune à une époque où il n'y a plus de nature où profiter de sa jeunesse. A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte?

(Aldo Leopold)

lundi 3 juillet 2017

   Le docteur Laurent Alexandre est un homme effrayant. Il préconise d’augmenter le quotient intellectuel des jeunes générations et de l’espèce humaine en général, à l’aide d'implants électroniques et autres joyeusetés, afin que nous puissions «  travailler en harmonie avec l’Intelligence Artificielle qui bientôt nous dépassera ».
     « Nous devrons être à la hauteur pour la challenger », précise-t-il.
    Pense-t-il vraiment qu’une intelligence supérieure à la nôtre aura besoin d’être challengée par des êtres qu’elle considèrera comme des minus-habens ?
    Albert Einstein était capable de faire l’idiot. Bertrand Russell avait le sens de l’humour. Laurent Alexandre est un esprit superficiel et dangereux : il rêve de diriger une entreprise d’accélération constante.

(1494)


Folamour est éternel

dimanche 2 juillet 2017

De notre envoyé spécial


   Cyclisme : thérapie permettant de supporter la sonnerie du réveil et la vacuité du travail pendant le trajet de l’un à l’autre.

(1493)


Polythérapeute ne répondant plus de rien

   Automobiliste : personne forcée de prendre un calmant pour supporter les embouteillages provoqués par les conducteurs d’automobiles.

(1492)


Apothéose et apoptose