samedi 29 juillet 2017

   Parce qu’il se demandait si son travail améliorait réellement l’état du monde, Alexandre Grothendiek, l’un des plus grands mathématiciens du XXème siècle, posa une question fondamentale à ses collègues :
    - Pourquoi faisons-nous de la recherche scientifique ?    
    Aucune des réponses obtenues ne lui parut satisfaisante. La science devenait de plus en plus dangereuse pour l’homme et son environnement, et personne ne semblait en être conscient.
    Constatant l’augmentation du nombre de suicides parmi ses étudiants et confrères, il quitta son travail. Mais en essayant d’abandonner l’obsession qui conduit à la folie, on ne devient pas moins fou.
    Alexandre Grothendiek passa les vingt dernières années de sa vie dans une petite maison à la campagne. Il sortait peu. Les villageois ne l’apercevaient pas même dans son jardin où, paraît-il, des heures durant il demandait pardon aux herbes folles.
    Que peut faire un homme clairvoyant en ce monde, sinon demander pardon à tout ce qu’il abime par sa simple présence ?   
    Tous les hommes sont fous, c’est entendu, mais celui qui souffre en entendant le bruit d’une branche qui craque sous ses pas n’est certainement pas le plus fou d’entre tous. Les plus grands malheurs proviennent à chaque fois d’un manque de sensibilité.

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5 commentaires:

  1. Ah ! Si la duchesse de Pain pouvait nous lire les textes de l'orée à haute voix cet hiver par exemple : ça serait un peu comme si nous, les Amis du blog de l'orée rendions grâce au jour (ça serait déjà pas mal).
    Nous ferions des collages, nous emprunterions des sentiers. Nous apercevrions la roue avant de la brouette tourner dans le vide : quelques-uns diraient : –Musique !
    Mais nous voyant joyeux d'être ses préférés, elle reprit sa route et portait haut la tête.
    Ah ! Si un rayon blanc tombant du haut du ciel pouvait anéantir ce commentaire.

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    1. Toute phrase est immédiatement anéantie suite à son impression.

      Comme ceci: Pfuit !


      Et nous voici à nouveau au même endroit, à la même heure du même jour, avec les mêmes affaires cessantes.

      Ah !

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  2. Je vous conseille les beaux écrits de Grothendieck, "récoltes et semailles" et "la clé des songes".
    On les trouve sur le net. Bon, c'est des pavés mais il faut surtout sauter toutes les parties mathématiques absolument incompréhensible pour un non scientifique. Je ne le suis qu'un peu mais j'ai lâché au bout d'une page la partie math. C'était aussi un magnifique littéraire.
    Le plus beau dans ses écrits est l'hommage qu'il rend à l'enfance, encore innocente, curieuse de tout, pas encore broyée par l'imbécillité adulte.
    Grothendieck était le plus grand mathématicien du 20eme siècle et peut-être de tous les temps. Il percevait et ressentait une beauté universelle ! le monde militaro-scientifique le dégoûtait.
    Bourreau de travail jusqu'à la fin de ces jours, seulement pour la création, il ne publiait rien, dormant couché par terre. C'était un saint. Son histoire personnelle expliquait beaucoup de choses. Parents dans les camps, etc.
    On a retrouvé dans sa cabane une malle, comment ne pas penser à Pessoa, remplie de manuscrits que des chercheurs du plus hauts niveaux auront à déchiffrer et à comprendre pendant des décennies...
    Paix à son âme récemment partie !

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    1. Je prends bonne note de vos conseils de lecture et vous en remercie.

      La malle de Pessoa, bien sûr, bien entendu.

      Grothendieck me fascine également pour son extrême sensibilité à la souffrance de tout ce qui vit, et bien entendu à celle que rajoute encore les techno-sciences.

      Ce monde est foutu. C'est déjà ça.

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  3. Tiens, justement je suis en train de lire " Le matin des magiciens " de Pauwels et Bergier. Je verrai bien où cela m'entraîne.

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