samedi 5 août 2017

   Alain Finkielkraut, l’excellent philosophe animalier, décrit avec pertinence les cabrioles des vaches sortant de l’étable aux premiers jours de printemps. Mais s’il avait poussé sa réflexion plus avant, il aurait remarqué que le sentiment d’appartenance nationale est aussi peu développé chez la Limousine que chez la Brahmane. Quant à la fierté concernant leurs origines, seules les différences d’épaisseur du poil d’hiver se la disputent. Qui n’a pas la sensation d’être un homme apatride devrait observer les animaux plus longtemps.
    « Elles dansent comme des petites filles !», ajoute-t-il avec la gorge nouée. Hélas, le voici à nouveau aveuglé par son amour pour les animaux : rien n’est plus exaspérant qu’une petite fille quand elle danse, excepté quand elle chante, naturellement.
    Tout compte fait, Alain Finkielkraut devrait reprendre ses études. Pour philosopher vraiment, mieux vaut rester allongé sur l’herbe dans les bras d’une catin lettrée, voire illettrée : on s’y trouve moins éloigné de la vérité.

(1580)


De la supériorité de la bête sur l'analphabète



16 commentaires:

  1. Vous étiez,subodoré-je, à l'écoute de Répliques ce matin.

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    1. Je ne rate pas une seule de ses émissions. La musique du générique est frétillante, et les intervenants ne manquent jamais de me mettre de bonne humeur.

      L'Académie française compte en son sein parmi les auteurs les plus comiques.

      La plus perdue de toute les journées est celle où l'on n'a pas ri, a dit très justement Chamfort.

      Un samedi matin débuté sur France Culture marque toujours le début d'une journée réussie.

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  2. Moi je trouve beaucoup de choses plus exaspérantes qu'une petite fille qui danse.

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    1. Une petite fille qui pose la même question pour la troisième fois ?

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    2. Pardonnez-moi, brindamour, je suis taquin. En réalité, ce qui m'exaspère le plus, ce sont les sons aigus qui s'échappent des petites filles. Elles sonnent un peu comme des violons.

      Alors que le violoncelle, au contraire, est tout a fait supportable, surtout lorsqu'il est joué dans l'Abbaye Saint Michel de Cuxa en 1954, par exemple.

      Mais pas trop longtemps, car toute chose finit rapidement par me lasser, excepté la sieste, bien entendu.

      Caprines pensées depuis l'Orée, loin des cours de récréation, chère brindamour.

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  3. On ne peut faire pire musique de générique sur France Culture !
    j'apprécie de plus en plus votre humour mais le Finkel est encore capable du pire du pire à sa rentrée.
    Je la saute toujours, les caprines m'ont initié.
    Pourquoi ne se regrouperaient-elles pas un jour et dans un saut vif, vengeur et enchanteur nous enverraient ce merlan frire là où il serait plus à l'aise, sous terre une bonne fois pour toute !

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    1. Jean-Sébastien n'a-t-il pas composé de frétillantes mélopées ?

      Quant aux chèvres, esprits supérieurs entre tous, elles se gardent bien de perdre leur temps à l'écoute des humaines divagations.

      A l'instant où je vous écris, elles sont allongées dans la paille fraîche, les yeux mi-clos, goûtant chaque moment comme un fragment d'éternité.

      Je tente de les égaler en quiétude et en subtilité, mais je ne suis hélas qu'un stupide terrien encore en demande de quelque divertissement pascalien - de moins en moins, heureusement.

      Car je conserve ce fol espoir d'atteindre les sphères avant la tombée du Grand Tout.

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    2. Curieux, je croyais que le « Répliques » de samedi avait pour sujet Pascal. Sans doute me trompé-je ? Quoi qu’il en soit, cela n’entame en rien ma curiosité et, justement, j’aimerais savoir comment vous opérez ce saut de caprin entre la dénonciation de l’agriculture intensive et le débat sur l’identité malheureuse, sauf à reconnaître que l’élevage intensif serait induit par ce sans-frontiérisme de la finance qu’on appelle la mondialisation ?

      Ce qui est paradoxal, c’est que vous reconnaissez la pertinence du propos de Finkielkraut pour ensuite opérer ce glissement sur l’identité nationale. On s’y perd un peu. Cela dit, vous m’autoriserez, à mon tour, à faire dans l’amalgame : Alors je dirai que si le bonheur est dans le pré, on sait depuis la jungle de Calais qu’il n’est pas sur le terrain vague. Car on ne se définit pas sur du vague, de l’imprécis, du flou. Il nous faut des limites au sein desquelles nous nous déterminons soit à être une vache brahmane, soit une vache limousine. Or vient un moment où il faut bien choisir car on ne reconnaît que ce que l’on distingue. Ce n’est pas de l’ethnocentrisme, c’est du bon sens ! Avez-vous remarqué que le repli identitaire n’a jamais été si marqué qu’en l’absence d’identité nationale forte et fédératrice ? Feuerbach, lui-même, dans sa contribution à la critique de la philosophie d’Hegel, rappelait cette évidence :

      « Le dieu Terme se dresse en gardien à l’entrée du monde. Autolimitation : telle est la condition d’entrée. Rien ne se réalise sans se réaliser comme un être déterminé. L’espèce dans sa plénitude s’incarnant dans une individualité unique serait un miracle absolu, une suppression arbitraire de toutes les lois et de tous les principes de la réalité. Ce serait en fait la fin du monde ».

      Je souligne à dessein le terme « principe de réalité » car dire le réel, aujourd’hui, est devenu un problème ! Je souligne également « fin du monde ». C’est tout à fait dans l’esprit néo-libéral, ça ! Mais il est vrai que lorsque l’on a les moyens de prendre un jet privé pour se rendre en quelques heures aux Seychelles, on en oublie que les démunis n’ont pour seul repère que leur territoire et pour seul actif la frontière comme démarcation franche et nette. Vous devriez le comprendre, vous qui ne supportez pas que vos voisins organisent des barbecues dans leur jardin. Vous qui ne supportez pas les bruits discordants d’un monde que vous ne considérez pas comme le vôtre avec ses fêtes de quartier et sa musique bruyante. N’est-ce pas ?! Mais cela n’est rien eu égard à ceux qui subissent l'ingérence à travers la suppression des quotas agricoles, par exemple, au nom de la mondialisation. Voire l’abolition de toute forme de protection sociale au nom de la mondialisation. La destruction du Code du travail toujours en vertu du même principe. Sans parler de l’accueil à tout va de populations exogènes qui revendiquent des droits toujours plus exorbitants (qu’elles n’avaient pas chez elles), sans se sentir tenues d’aucun devoir.

      Revenons-en aux folles cabrioles des « petites filles » de Finkielkraut. Qu’est-ce qui vous dérange au fond dans ce combat légitime ? Son opportunisme ? Et quand bien même ? N’est-il pas légitime de dénoncer des exploitations comme la « Ferme des mille vaches » qui viole toutes les règles écrites et non écrites sur le respect de la vie animale, tout ça pour faire du fric ! Lisez donc cet article :

      https://www.notre-planete.info/actualites/4290-maltraitance-animale-ferme-usine-1000-vaches

      Enfin, je n’aime guère cette manière systématique de « tomber sur le rable » de Finkielkraut. Cela devient presque un exercice obligé. Ce n’est pas parce que vous vivez au milieu des caprins qu’il faut vous sentir obligé de bêler avec le troupeau.

      Bonne sieste !

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    3. Chère Aukazou, le moi est vague, imprécis et flou.

      On ne peut se définir sur rien. La seule autolimitation est écrite de façon magistrale par Brassens : "Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint/Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins.

      Mais l'homme est un animal paradoxal, à qui il arrive d'être heureux de ne pas l'être.

      Les contradictions nous tueront tous, comme je l'ai lu avec plaisir sous la plume de Paul Jorion (lequel m'exaspère autant qu'il m'intéresse, mais passons).

      Houellebecq parle de l'aporie constitutive, Beckett également, et avec bien plus de talent.

      Hobbes fait remarquer que l'état du monde est celui de la guerre de tous contre tous.

      "Vivre, c'est détruire. Agir, c'est nuire." a écrit superbement Anatole France. En effet, Les Dieux ont toujours soif.

      Ma patrie est celle d'Omar Khayyam et de Tchouang-tseu, inutile de vous dire qu'elle n'existe pas.

      Il n'y a pas de solution, puisque c'est en l'homme - en chacun des hommes - que se trouve le problème.

      Si l'on accédait à un état de "conscience supérieure", cela changerait-il les choses ? J'en doute.

      Vous n'aimez guère ma manière de faire comme ceci ou cela ?

      Je m'en fous royalement.

      Je n'ai jamais ni aimé ni complètement détesté personne, mais je dois avouer que les critiques me procurent à chaque fois un bref - mais intense - plaisir.

      Je suis en faveur de la folie et de la non-procréation.

      Et plus encore en faveur de l'ironie à double tranchant : celle qui perd son manche au moment ou la lame allait trancher.

      Et hop ! Je dors.

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  4. "Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint/Se BORNE à ne pas trop emmerder ses voisins."
    _______________

    Tiens, c'est intéressant ! Voilà que l'on retrouve la borne et partant l'idée de délimitation ...

    Et hop, le lapin vient de rentrer dans le chapeau du magicien, fausse manoeuvre ! ;-)

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  5. N'empêche que Paul Jorion (et je sais qu'il vous lit) n'oubliera jamais lui (grâce à ses nombreux défauts et contradictions) que vous êtes une illusion temporaire, que vous n'êtes pas au monde.
    Avant de commenter (avant de laisser un commentaire) le commentateur doit bien s'enfoncer ça dans le crâne (doit bien avoir ça en tête).

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    1. Paul Jorion est complètement fou et il le sait. J'en veux pour preuve que, tous les matins, en se rasant, il ne se rase pas tellement.

      Il se rase parfois, car il sait qu'il s'exaspère lui-même, au point ne plus vouloir, mais il ne peut ni.

      Au fond, il est tout aussi houbiste que Yves Paccalet, même si, Non, pas du tout, dit-il avant de s'avouer en son fort.

      Il dit La percolation, mais il sait qu'une idée intelligente ne peut pénétrer qu'une tête d'éponge (les éponges n'ont pas de tête), or les hommes sont des pieds.

      Il aurait aimé finir ses jours en Alabama avec une chanteuse de country ailée mais rude, dans une petite cabane entourée de zones humides. Mais il veut sauver l'homme, d'abord.

      "Ah, si mon père était encore là, ça ne se passerait pas comme ça !" dit-il.

      Il m'exaspère au plus haut point. Je l'adore.

      C'est un petit garçon barbu avec une tête pleine de choses qui lui font de la peine.

      J'ai eu moi-même une tête autrefois - sensiblement moins pleine -, mais je n'en voudrais plus. Je l'ai cédée à Henri Laborit (que les Jungiens n'aiment pas), pour m'éviter de me l'ôter moi-même.

      N'ayant plus ni pieds ni tête, je suis donc sauvé.

      L'histoire de la terre est l'histoire de la tête.

      Plus de têtes, plus de terre, plus de pères, plus de soucis.

      Juste un paysage des plus grandioses que se disputeront mentalement les architectes des sphères.

      Ah, les sphères, mon bon Suzerain, tout de même, ce serait quelque chose s'il en avait vraiment. On y flotterait en riant pendant un instant et puis pfuit, plus rien.

      On danserait pour l'éternité comme des vieux singes. On aurait l'air moins con.

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  6. J'ai deux clercs : mon clerc balnéaire et mon clerc de l'orée.

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  7. Vous avez l'éloge de Laborit !

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    1. Drogués, poètes ou psychotiques... Appareillons !

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