mardi 5 novembre 2019

   Né dans une famille très pauvre, mon grand-père paternel avait quitté l’école à quatorze ans pour travailler à l’usine. Lorsqu’il fut marié, son épouse ouvra une petite droguerie dans les bas-fond d’une zone sidérurgique et, quelques années plus tard, l’envie vint à cet homme de faire des études. Le soir, couvert de suie, il travaillait ses équations mathématiques sur la table de la cuisine, à la lueur d’une chandelle. Durant ses moments libres, et bien qu’il fût quasiment analphabète, il lisait et relisait avec lenteur Le Capital. Deux années après avoir passé ses examens d’études secondaires au Jury central, il devint pharmacien. Sa femme - la douceur incarnée - lui proposa de prendre quelques jours de repos pendant qu’elle s’occuperait du commerce. Il quitta la ville de Seraing à vélo et se dirigea vers la Suisse qu’il parcourut quinze jours durant sur sa bicyclette déglinguée. Deux ans plus tard, il mourait de la tuberculose.
    Il connaissait de fréquents accès de rage durant lesquels il enlevait sa ceinture pour battre ses enfants.

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