dimanche 17 septembre 2023

   Si vous désirez jouer du jazz à la guitare, ne commencez pas par apprendre les gammes, les arpèges, etc. Écoutez et réécoutez sans cesse Charlie Christian. Apprenez d’abord trois ou quatre notes de « Swing to bop » ou de « Waiting for Benny » - improvisation enregistrée par hasard, l’ingénieur du son réglant son matériel alors que le groupe attendait l’arrivée de Benny Goodman.
    N’écoutez que les génies, et tentez de dévorer une infime parcelle de leur talent.
    Charlie Christian avait décortiqué les solos de Lester Young jusqu’à en être possédé.
    Le même processus doit vous inspirer pour toute forme d’art.
    À moins d’un miracle, de mauvais enseignants ne vous apprendront jamais à écrire. Imaginez-vous Charles Bukowski ou Thomas Bernhard dans un « atelier d’écriture » ? C’est en fréquentant ceux qui vous ont envoûté que vous arriverez - peut-être - à faire éclore le meilleur de vous-même. Suivez les conseils des morts qui ont laissé un astéroïde brûlant. Finissez par devenir fou, et par abandonner le public. Glenn Gould s'était fait construire un studio à domicile pour y enregistrer ses immortels délires, après avoir déclaré que le concert était un sport sanguinaire pour auditeur sadique.
    Tout ce que vous ferez, faites-le d’abord pour vous. Ne vous inquiétez pas de l’avis général.
    De temps à autre, il vous arrivera de rencontrer sur Youtube un vieil homme effondré dans son divan, une guitare en mains, dans une salon poussiéreux où traînent des bouteilles de bière, et jouant du blues comme personne. C'est un perdant heureux.
    Ne croyez pas que la renommée mondiale vous apporterait un confort de vie supérieur : rappelez-vous la dimension de l’armoire à pharmacie de Glenn Gould.
    Faites comme bon vous semblera sans autre but que de chercher du plaisir avec le feu et la détermination solitaire.
    Ne soyez pas soumis à l’admiration des autres, mais à celle de ceux qui vous écoutent, vous lisent, vous regardent et vous parlent depuis l’intérieur de vous-même.
    Et si vous arrivez à ne rien faire, en finissant par les faire taire, vous aurez atteint le sommet - personne n’a jamais réussi à atteindre le sommet.

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19 commentaires:

  1. C'est très beau.
    En vous lisant j'ai été parcouru de frissons.
    Merci.
    Max :)

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    1. Ah les musiciens et leur jargon...

      Je ne connais quant à moi qu'une seule Triolet. Et on m'a rapporté que ce n'était pas un cadeau.

      "Les yeux d'Elsa" mon cul !

      Max.

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  2. Adolescent, j'aurais adoré jouer les mélodies de Moustaki. J'en parlais partout. C'était tellement beau. Ma mère ne sachant plus quoi faire pour que je sois "heureux" voulait m'acheter une guitare.

    Et puis, j'écoutais l'album de Sylvain Luc et Biréli Lagrène.

    Max.

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    1. Lequel Bireli avait joué avec Jaco Pastorius, ce dernier ayant également été l'enseignant - et l'ami - de Michel Hatzigeorgiou...

      https://www.youtube.com/watch?v=VG_B0tSiyOs

      et par ici, exceptionnel :

      https://www.youtube.com/watch?v=JLRp4CkFQq8

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    2. Une découverte que ce Michel Hatzigeorgiou. Le son de cette guitare basse...
      Merci :)
      Max.

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    3. Le deuxième morceau est un peu "psychédélique", non?
      J'aime beaucoup. :)

      Max.

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    4. En effet, vers 6' passent des fragments psychédéliques, comme à Pompéi. :)

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    5. J'ai écouté depuis, quelques titres de ce guitariste. Il joue vraiment très bien, c'est très beau, mais, comment dire ? C'est très technique, c'est virtuose, mais ça ne touche pas le coeur.
      Mon goût personnel me porte plus volontiers vers des choses plus mélodiques, plus sentimentales.
      J'ai lu quelques grandes oeuvres de la littérature plus jeune. Et même si j'étais admiratif du génie de leur auteur, je n'étais pas "touché". Je leur préférais quelques artistes mineurs, moins doués assurément mais, pour mon coeur simple, plus émouvants.
      Pardon :)
      Maxou.

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    6. Petite suite (car je discute avec vous, même quand vous n'êtes "pas là" :)

      En fait, je n'aime pas trop les génies, les oeuvres réussies, totales, parfaites. Les virtuoses, les "maîtres". Toute cette grandeur édifiante aurait tendance à m'écraser - c'est faux, j'adore Jean-Sébastien Bach, mais passons, lui c'est différent. Je préfère, quant à moi, imaginer plutôt qu'admirer. Je préfère les "ratés". Ceux qui, oeuvre après oeuvre, tentent un dessin trop grand pour eux. J'aime ceux qu'accompagne une ombre géniale, sans en être les possesseurs véritables. Dont la vie et l'oeuvre ne serait au fond qu'une recherche, que le brouillon d'un "eux-même" plus véritable, plus grand, plus essentiel. A ceux-là, ces mélancoliques inconsolables, seuls survivants d'un naufrage originaire, on pardonne tout. Ils délirent, ils papotent, Ils déraisonnent mais nous les connaissons, et nous savons, même quand parfois la vie fait qu'ils s'oublient eux-même et qu'ils perdent l'étincelle de leur génie, que le plus important d'eux-même, leur profil le plus vrai, est ailleurs. Dans cet autre, ce double, cette ombre, qu'ils auront poursuivi inlassablement.

      Je suis un de ceux-là.

      Max.

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    7. Promis, après j'arrête :p

      Petite illustration, en guise de clin d'oeil taquin, à mon message précédent :

      https://youtu.be/gUfKlu7WkrI?si=PwOJNV-iUPWBDyBO

      Max !

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  3. Les conseils du enfant gâte. Autre chose serait le néant dans la race des nantis.

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  4. Petit message à Snoopy :

    Le temps passant, je ne sais ce qui est réel ou fantasmé de mes souvenirs. J'ai lu tellement de livres, écouté tant d'anecdotes à propos de tant d'écrivains et de poètes, que je ne sais plus le degrés de véracité, ni n'ai plus les références, de cette image qui me suit depuis plus de vingt ans :
    J'ai l'image d'un Nietzsche en pleine crise allant planter sa moustache en face d'une paisible vache, et lui murmurant les yeux fous :

    "Et toi vache, apprends-moi les secrets de la sagesse..."

    https://youtu.be/S1jOgdnyvc8?si=gTMmKa0dHubqoMIO

    Max.

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  5. C'est encore moi, Marquis.

    Je voulais rebondir sur votre : "Finissez par devenir fou"...
    Cette formule me fait un peu penser au "pire" de votre ami Scutenaire.
    Dans mon jeune âge, j'ai eu "quelques affinités" avec la folie. J'aurais pu y rester. Heureusement, la chimie de mon médecin fit son effet. Doucement. Avec le temps.
    Mais il n'y avait pas qu'elle. Si j'ai beaucoup d'amitié pour André Comte-Sponville, c'est qu'à cette période-là de ma vie, où l'anarchie était mon quotidien, ses livres, conseillés par un ami, furent comme des îlots de raisons pour moi. Cet homme que je ne connaissais pas prenait le temps, longuement, calmement, page après page, dans un style clair et sans esbroufe, de calmer ma douleur, ma fièvre, en me rappelant des évidences qui ne le sont pas forcément pour un forcené en rupture absolue.
    Ses livres apaisaient mes angoisses, ma folie, qui me faisait tant souffrir. Ils les "raisonnaient" calmement, vous comprenez ? Il était, à cette époque-là, un peu mon "garde-fou".
    Je peux comprendre qu'il ennuie profondément un homme comme vous ou Frédéric, mais je ne suis pas vous.
    Je ne le lis plus guère aujourd'hui, d'ailleurs à part vous, je ne lis plus personne, mais je me souviens qu'à cette période difficile il fut-là pour moi.

    La folie, ce n'est pas drôle, ni facile à vivre dans notre monde. Et la "raison", que Léo Ferré voulait mettre à des prix hors d'atteinte, est un trésor précieux.

    https://youtu.be/ZhBmVUO-wFU?si=AFdw88X_eWzOezky

    Max.

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    1. Il y a autant de formes de folies et d'instants de folie que de plumes d'oiseaux dans mon jardin, cher Max.

      Si Dédé vous fait du bien, vous auriez tort de vous en priver.

      Pour ma part, je préfère un milligramme de Laura et Pam à un tome d'André, et cinq boîtes à l'ensemble de son œuvre.

      Écoutez Bille Holiday plus souvent - surtout quand elle est accompagnée par Lester Young... Je dis ça... :)

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    2. Clément Rosset aussi a été salutaire dans ces années-là. Mais sa langue était moins naturelle pour moi. Je me suis battu avec les livres toute ma jeunesse. J'apprenais à lire, quoi. Mes études furent brèves et personne ne lisait autour de moi. J'ai mis à peu près 15 ans pour savoir lire convenablement un texte. Je suis peut-être lent. Ou sourd :)

      Avec les chanteurs anglais, j'ai plus de mal, car je ne parle que le français. Et si je ne comprend pas ce qui est dit, le plaisir est superficiel.

      I-rré-cu-pé-ra-ble :)

      Ah, j'entend que les gens commencent doucement à voiturer pour réintégrer leur enfer journalier, il est l'heure d'aller au lit !

      Max.

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    3. Je n'ai pas dit toute la vérité. J'ai aimé certains standards américains.
      De Sinatra, de Nina Simone et même de Billie Holiday. J'ai adoré le "Precious Thing" de Ray Charles et Dee-Dee Bridgewater par exemple. Beaucoup beaucoup.
      De Billie, j'ai surtout aimé celle-ci (On dirait Une chanson d'Aznavour chantée par Amy Winehouse...) :

      https://youtu.be/qA4BXkF8Dfo?si=Dg10F-hsEGJ-Ry8c

      Mais ma Billie Holiday à moi, tout à la fois Joan Baez et enfant choisie par Barbara, c'était, et c'est encore, elle :

      https://youtu.be/T8EoVkLfF60?si=vIkJAMp7m4RMWxfv

      Pardon :)

      Votre Max.

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  6. Eloge de la raison, ce "trésor précieux" :

    https://youtu.be/wqEdpPzfzD8?si=q5F-zwyX_601ovAq

    Sans doute est-ce Houellebecq, au fond, qui a raison : il n'y a rien à sauver de nos misérables vies.

    Max.

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    1. Il se trouve cependant de rares moments à vivre intensément...

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