jeudi 24 décembre 2020

À mon unique lecteurs

 Le personnage de fiction incarnant le metteur en page étant alité suite à la relecture trop attentive d'un certain opuscule, l'affaire est désormais - et fort heureusement - en retard.

Mon rhinocéros tient cependant à vous faire parvenir le message qui suit.

 Joyeuses fêtes et cataclysmes.

 

delorée

 


 

 

          L’art de coucher ses pensées 


   Les gens sérieux friands de spéculations philosophiques jugent les aphoristes navrants parce qu’ils y voient des flemmards. Ils n’ont pas tort. La flemme est le ressort de ces penseurs primesautiers qui, fatigués à l’avance de se lancer dans des démonstrations, privilégient un style lapidaire et se reposent sur l’esprit de finesse de leurs lecteurs. Qu’on ne compte pas sur eux pour faire le travail tout seuls. 

 



   L’avantage du recueil d’aphorismes est double : non seulement il fournit un bon confort de lecture parce qu’il peut s’ouvrir à n’importe quelle page, mais surtout il offre un confort intellectuel. Quand, par exemple, Blaise Lesire écrit : «Naître c’est entrer en guerre », nul besoin de se gratter la tête pour saisir cette vérité existentielle — pardon pour le mot. La formule est imparable. Quand il note encore qu’« il vaut mieux se suicider à domicile que se tuer au travail », il ramasse en une phrase tout le longuet propos du Droit à la paresse de Paul Lafargue. De plus, Blaise Lesire manie un humour poétique qui rappelle Scutenaire : «Travail, Famille, Patrie : Foutaises. Liberté, Égalité, Fraternité : Foutaises. Justice, Progrès, Avenir : Foutaises. Tout est foutaise, sauf tes seins. »

 


 

 
   Je ne connais pas personnellement Blaise Lesire, alias le Marquis de l’Orée, mais je crois pouvoir affirmer sans grand risque de me tromper que c’est dans son lit qu’il couche sur le papier ses « inscriptions » pendant qu’une amazone somnole à ses côtés, ou bien étendu sur l’herbe pendant que ses amies les chèvres, mutines disciples de Montaigne, laissent leurs pensées aller à sauts et à gambades. Il n’y a qu’un fervent praticien de l’écriture en état d’attention flottante pour réveiller son lecteur en le régalant de remarques lucides. Je sais de quoi que je parle puisque je viens de terminer l’opuscule réjouissant de Blaise Lesire et que je compte bien le reprendre dès maintenant. 


Frédéric Schiffter 

 



 






 

 

samedi 12 décembre 2020

   Elle passe bien vite cette caravane de notre vie
Ne perds rien des doux moments de notre vie
Ne pense pas au lendemain de cette nuit

   Prends du vin, il faut saisir les doux moments de notre vie.

 

(Omar Khayyam)