vendredi 7 juin 2024

    (...) le travail doit être maudit, comme l’enseignent les légendes sur le paradis, tandis que la paresse doit être le but essentiel de l’homme. Mais c’est l’inverse qui s’est produit.

(...)

   Le capitalisme et le socialisme ont la même préoccupation : parvenir à la seule vérité de l’état humain, la paresse. C’est cette vérité-là qui se cache au plus profond de l’inconscient mais, qui sait pourquoi, on ne le reconnaît toujours pas, et nulle part il n’existe le moindre système de travail qui ait comme slogan : “La vérité de ton effort est le chemin vers la paresse.”

 (...)

   Le socialisme est porteur de la libération au niveau inconscient, mais lui aussi la calomnie, sans comprendre que c’est la paresse qui l’a engendré. Et ce fils, dans sa folie, la qualifie de mère de tous les vices. Ce n’est pas encore ce fils-là qui supprimera l’anathème, c’est pourquoi, avec ce petit écrit, je veux réduire à néant la calomnie et faire de la paresse non la mère de tous les vices, mais la mère de la perfection.
 

(Kazimir Malevitch)



mercredi 5 juin 2024

    L’athéisme progresse dans le monde musulman, alors que le nombre de musulmans abandonnant l’islam augmente dans les pays européens. Il est probable que l’islam devienne la religion majoritaire en Europe et qu’elle s’éteigne progressivement au cours des décennies à venir. De toute façon, il est bien plus probable encore que l’espèce humaine devienne tout à fait stérile. La quantité de spermatozoïdes dans le sperme a diminué de moitié au cours des cinquante dernières années - dans le monde entier - et la tendance s’accélère. N'ayons pas peur de l'avenir : il s'annonce apaisé.

(3075)

 



lundi 3 juin 2024

    Dans une lettre à Paul Engelmann, Ludwig Wittgenstein écrit :
« […] il en est ainsi, nous dormons. […] Notre vie est comme un rêve. Dans les meilleures heures, nous nous éveillons juste assez pour reconnaître que nous rêvons. »
    Vers la fin de sa vie, Henrik Ibsen écrit que lorsque nous nous réveillerons d'entre les morts, nous verrons que nous n'avons jamais vécu. Sa vision est identique à celle de Calderòn : « La vie est un songe. » L’illusion est permanente.
    « Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil » dit Shakespeare. Et Tchouang-tseu, déjà, pensait que la frontière entre le rêve et l’état de veille était introuvable. 
    À quel moment pouvons-nous dire que nous sommes pleinement éveillés ? Quand pouvons-nous affirmer que nous sommes endormis ?
    Sommes-nous éveillés lorsque nous jardinons ? Lorsque nous lisons ? Ne rêvons-nous pas lorsque nous roulons à vélo ?
    Et qu’est-ce que le réel ? Ce qui nous mord, sans aucun doute. Cependant, nous pouvons être également rongés dans nos rêveries.
    En fin de compte, juste après le troisième point de suspension, je dois avouer que c’est le point d’interrogation qui a ma préférence.

(3075)


 


    La justice humaine est d’ailleurs pour moi ce qu’il y a de plus bouffon au monde ; un homme en jugeant un autre est un spectacle qui me ferait crever de rire s’il ne me faisait pitié, et si je n’étais forcé d’étudier maintenant la série d’absurdités en vertu de quoi il le juge.

(Gustave Flaubert)

 


samedi 1 juin 2024

    Je n’ai jamais été fidèle, ni en amitié ni en amour, ni en quoi que ce soit. S’il m’est arrivé, alors que je me connaissais mal, étant jeune, de jurer fidélité, c’était pour me parjurer aussitôt. On me disait cynique, instable, dépravé, et certains de mes amis me demandaient comment je faisais pour accorder aussi peu d’importance à ma réputation.
     Je ne cherchais ni à plaire ni à déplaire, mais à vivre selon mes goûts.
    À partir de l’âge de vingt-cinq ans, je décidai de dire la vérité à mes petites amies : je les aimais, avec passion, mais j’en aimais d’autres, et je me sentais incapable de faire autrement.
    Au début, ce ne fut pas facile, mais j’eus la chance de rencontrer des amazones avec lesquelles il était possible de vivre des moments exquis - accompagnés de psychodrames, bien entendu, car ce qui nous enflamme nous refroidit aussitôt.
    La plupart d’entre elles sont cependant restées mes amies. Elles m’écrivent de temps à autre, passent prendre le thé dans ma cabane ou m'appellent quand elles ont envie d’en finir avec le monde.
    Quant à mes amis, ceux-là ne me dérangent jamais. Posés sur l’étagère, silencieux et disponibles, ils me ressemblent assez : ils radotent.
    J’espère mourir brutalement d’ici quelques années, entre soixante-cinq et septante ans, en pleine forme.
    Cependant, j’aimerais tout autant m’éteindre à l’âge de nonante-trois ans, en quelques semaines d’effacement progressif, enchanté de goûter pleinement à l’extinction.
    Je ne veux pas mourir désespéré, bien au contraire. Si je réussis ma sortie, je ne regretterai pas d’être né.
    Quand à ceux qui m’ont aimé, j’aimerais qu’au moment où on leur annoncera ma mort ils sourient en se rappelant mes excès, mes âneries, mes accès de forfanterie, mon goût pour la dérision, ma passion pour le sommeil et mon inclination pour le contraire.

(3073)



mardi 28 mai 2024

        Malgré le fonds de l’excellente morale, fruit nécessaire des divins principes enracinés dans mon cœur, j’ai été toute ma vie la victime de mes sens ; je me suis plu à m’égarer, j’ai continuellement vécu dans l’erreur, n’ayant d’autre consolation que celle de savoir que j’y étais. 

(Giacomo Casanova)

 



lundi 27 mai 2024

    Le mécanisme qui crée les riches et les pauvres est le même que celui qui fait tourner les atomes. [...] Un être vivant, une structure sociale, des riches et des pauvres, des pauvres qui veulent imiter les riches, des riches qui veulent épater les pauvres.
    Les pauvres restent à la maison, les riches partent en vacances ; les pauvres partent en vacances, les riches vont sur la Côte d'Azur ; Les pauvres vont sur la Côte d'Azur, les riches vont au Maroc ; les pauvres vont au Maroc, les riches vont au Kenya.
    Demain, les pauvres iront au Kenya alors les riches feront le tour du monde ; les pauvres aussi feront le tour du monde, les riches feront deux fois le tour du monde ; les pauvres aussi, les riches feront quatre fois le tour du monde ; les pauvres aussi, les riches vingt fois ; les pauvres aussi, etc., etc...
    Vous avez vu ? Conclusion : le jour où les riches cesseront d'épater les pauvres, les pauvres d'imiter les riches sera aussi important que le jour où les atomes ne tourneront plus rond...
    ... faut pas désespérer quand même."

(Jean-Marc Reiser)

 


    Afin qu’advienne un peu d’humanité, un bon début, me semble-t-il, serait de faire parvenir cette pensée à l’ensemble des terriens :
    « Nous sommes tous des imbéciles. »

(3071)



    Dès qu’un homme est pris la main dans le sac, les autres hommes se jettent sur lui - après avoir retiré leurs mains d’autres sacs.

(3036)

 
 
Chapitre XII
 
Dès l'atterrissage, le petit Ludwig se rendit
compte qu'il s'était trompé de planète
 


   Quelquefois, une poule creuse un trou dans le sentier pour s’y s’allonger sur le côté en étendant ses plumes pour jouir de la chaleur du soleil. Je fais alors un détour pour ne pas interrompre sa béatitude, tout en lui parlant à mi-voix. « Ne crains rien, tout est calme. » lui dis-je. Son plaisir me donne du plaisir et, aussitôt, le sourire me vient en pensant à l’absurdité de la vie telle que la plupart des hommes l’envisagent.
    Vieillissant, l’observateur attentif peut cependant apprendre à rire davantage de tout et à s’émouvoir pour un rien.

(3010)

 


dimanche 26 mai 2024

   La Société, ce qu’on appelle le Monde, n’est que la lutte de mille petits intérêts opposés, une lutte éternelle de toutes les vanités qui se croisent, se choquent, tour à tour blessées, humiliées l’une par l’autre, qui expient le lendemain, dans le dégoût d’une défaite, le triomphe de la veille. Vivre solitaire, ne point être froissé dans ce choc misérable, où l’on attire un instant les yeux pour être écrasé l’instant d’après, c’est ce qu’on appelle n’être rien, n’avoir pas d’existence. Pauvre humanité ! 

(Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort)

 


    Chamfort, l'homme célèbre pour son esprit, avait l'habitude de dire qu'il avait trois sortes d'amis : les amis qui l'aimaient, ceux qui ne lui portaient aucune attention et ceux qui le détestaient. Fort Juste !

(Georg Christoph Lichtenberg)

 



    On dit quelquefois, d'un homme qui vit seul : " Il n'aime pas la société. " C'est souvent comme si on disait qu'un homme qu'il n'aime pas la promenade, sous le prétexte qu'il ne se promène pas volontiers le soir dans la forêt de Bondy.

(Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort)

 



samedi 25 mai 2024

    Que les choses les plus importantes se font par des tuyaux. Les membres de la génération, la plume de l'écrivain et notre fusil ; oui ! qu'est-ce donc que l'homme sinon un faisceau confus de tuyaux !

(Georg Christoph Lichtenberg)

 


mercredi 22 mai 2024

jeudi 16 mai 2024

    Je vis de peu. J’entends tinter des pierres dans ma tête. On vient me visiter — un peu pour entendre ce bruit et pour m’aider à fabriquer de la mousse. Je suis très bien comme cela. Il paraît que ça me va à merveille.

(Gérald Neveu)



mardi 14 mai 2024

   Je crois cet axiome vrai, à savoir que l’on aime le mensonge, mensonge pendant la journée et songe pendant la nuit. Voilà l’homme. 

(Gustave Flaubert)

 



dimanche 12 mai 2024

    Si je n’étais pas au fond un homme extrêmement laborieux, comment aurais-je eu l’idée d’inventer des éloges et des théories sur l’oisiveté ? Les oisifs-nés, ceux qui ont le génie de l’inaction, ne font jamais ce genre de choses.

(Hermann Hesse)



 

vendredi 10 mai 2024

   Et quel que fût l’endroit où je me rendais - même s'il était agréable -, c’est en le quittant que j'étais heureux.

(3060)



    Dans l'homme le plus méchant, il y a un pauvre cheval innocent qui peine, un cœur, un foie, des artères où il n'y a point de malice et qui souffrent. Et l’heure des plus beaux triomphes est gâtée parce qu’il y a toujours quelqu’un qui souffre.

(Marcel Proust)



jeudi 9 mai 2024

Avis avisé

    Que dire sur ce livre qui a déjà été si brillamment encensé, même le Figaro, sous la plume de Frédéric Beigbeder, y est allé de son compliment très louangeur : « Et soudain, un écrivain est né» ». Un écrivain est né dans une nouvelle collection qu’il inaugure comme si cette collection avait été créée spécialement pour le recevoir. Son éditeur le présente comme un être peu gâté par la nature, « il trouva sa voix en devenant invalide ». « … Il lui arrive de se poser des questions, sans jamais trouver la moindre réponse… ». Il a choisi de vivre dans son petit coin de Belgique, dans le sillon Sambre-et-Meuse, à l’abri des regards et d’une éventuelle notoriété, et désormais même d’une réelle popularité.


    Frédéric Schiffter, le préfacier de cet opus qui ressemble à un P’tit cactus tout en étant deux fois plus épais, revient sur l’importance de l’aphorisme dans la littérature et sur la praticité de les regrouper dans des recueils qu’il est possible de lire à partir de n’importe quelle page sans jamais risquer de perdre le fil de l’histoire. Le présent recueil contient une sélection d’aphorismes choisis parmi deux mille proposés à l’origine, mais pas tous retenus pour des raisons éditoriales ou autres (« Les aphorismes manquants ont été refusés par l’éditeur, en accord avec l’auteur. Ils seront publiés après la mort de celui-ci ou de celui-là »). Schiffter définit Blaise comme « …un fervent praticien de l’écriture en état d’attention flottante pour réveiller son lecteur en le régalant de remarques lucides… ».


    Pour ma part, j’ai lu ce recueil avec attention, à petite dose, régulièrement, pour toujours assimiler attentivement les propos de l’auteur sans risquer la surdose ou l’égarement. J’ai consommé du temps de lecture mais je n’ai pas gâché mon plaisir de lire. Le livre de Blaise ne contient pas seulement des aphorismes, il contient aussi des textes courts en forme de démonstration ou de simple constatation pour expliquer son propos, ses idées, sa vision du monde et de la société, le comportement des humains, … Son immense culture lui permet de citer de nombreux auteurs, philosophes, romanciers poètes et autres qu’il apprécie plus ou moins - ou pas du tout - ainsi que des musiciens et des chanteurs dont il aime les créations et les prestations.


    Avec de l’ironie, de la dérision et même du sarcasme, ces textes évoquent souvent son amertume, son désenchantement voire une certaine forme d’aigreur en constatant le fonctionnement de notre société et le comportement souvent stupide et peu réfléchi de ses contemporains qui ont fait du monde, qui aurait dû être un paradis, un purgatoire en voie de devenir un réel enfer. Il met en parallèle cette vision désabusée avec toutes les splendeurs que la nature, la faune et la flore, et les jolies filles pourraient nous offrir si on ne les contrarierait pas trop.


    Blaise évoque tous ses états d’âme à travers ses aphorismes et ses textes courts, j’en ai noté quelques-uns pour montrer son grand talent littéraire, son immense culture, sa finesse d’esprit, la force de ses déclarations, l’intelligence de ses réflexions, la corrosivité de son ironie, sa vison de notre monde et des hommes qui l’occupent …, en quelques mots seulement :
    L’homme vit dans la nature que Blaise préfère vierge qu’encombrée par les hommes : « Alors que, en forêt, les formes sont en perpétuel mouvement, l’homme met un point d’honneur à encombrer l’espace habité par des monstruosités géométriques et monumentales… ». « Que peut faire en ce monde un homme clairvoyant, sinon demander pardon à tout ce qu’il abime par sa simple présence ? ». L’homme détruit son milieu naturel et vit une existence coincée entre deux progressions, « celle dite de droite, qui lutte pour le bonheur, et celle dite de gauche, qui se bat contre le malheur ».


    Alors Blaise laisse quelques pistes que l’homme pourrait explorer pour vivre dans l’humanité, la sensibilité et une certaine quiétude : « Marcher / Respirer / Sans attendre / Ni espérer », « Ne retiens pas tes larmes. Etre un homme c’est aussi être capable de pleurer », « Ne parlez pas d’amour, d’amitié ou de Dieu, mais de caresse, de tendresse et d’orgasme ». « C’est le reflet de notre propre médiocrité qui nous déplait tant chez les autres … ».


   L’homme se veut aussi écrivain et lecteur, Blaise lui laisse deux brefs conseils : « L’écriture n’est qu’un simple passe-temps qui finit vite par lasser les auteurs clairvoyants ». « L’optimisme est la racine du pire ». Alors, que puis-je conclure après de telles déclarations : que j’attendrai son prochain opus avec impatience bien qu’il laisse planer un vrai doute « Je serai publié le jour où j’aurai prouvé ma bonne foi en arrêtant d’écrire, mais il est probable que je continuerai, parce qu’on ne sait jamais ». Alors ?

Denis Billamboz - Par ici

(Merci à Denis Billamboz, LDS)




    Lorsque le thé est bien infusé et que l'encens dégage un parfum pur, il n'y a pas de plus grand plaisir que l'arrivée d'un bon ami, sauf la solitude. 

(José Luis García Martín)

 

 
L'Impermanence - Source : Maxime Maximoff

 

mardi 7 mai 2024

    L'humanité se prend trop au sérieux. C'est le péché originel du monde.

(Oscar Wilde)

 


 



dimanche 5 mai 2024

    Le secret pour voyager d'une façon agréable consiste à savoir poliment écouter les mensonges des autres et à les croire le plus possible. On vous laissera, à cette condition, produire à votre tour votre petit effet et, ainsi, le profit sera réciproque.

 (Fédor Dostoïevski)

 


    Toute vie humaine fabrique du néant et plus l'homme monte dans l'échelle des valeurs, plus il prend conscience de lui-même, plus sa production de néant s'accroît.
    Le problème vital qui se pose à tout être est celui-ci : comment se défaire de ce néant que je secrète, afin qu' il ne finisse pas par me tuer? II ne faut pas croire ce problème insoluble: la plupart des gens trouvent assez aisément la solution; de là, dans toute société humaine, la sanctification du travail.

(Benjamin Fondane)