samedi 1 mai 2021

    Celui qui n'a pas été détesté, il lui manquera toujours quelque chose, infirmité courante chez les ecclésiastiques, les pasteurs et hommes de cette espèce, lesquels souvent font songer à des veaux. Les anticorps manquent.

(Henri Michaux)

  


mardi 27 avril 2021

    Au XXIè siècle, de puissantes milices bouddhistes entrèrent en conflit avec des ascètes nationalistes, au moment où les vigiles zen déclaraient la guerre aux geôliers du feng shui. En signe de représailles, des commandos cénobites attaquèrent les guerriers naturopathes et le siècle devint - enfin - spirituel.

(2129)



lundi 26 avril 2021

    Nous avons tous besoin de périodes où nous approchons le plus possible du stade animal. Même s’il faut pour cela vivre dans l’inconfort. 

(George Sanders)

 


dimanche 25 avril 2021

    Lorsque j’étais enfant, le grammairien Albert Baguette venait nous rendre visite tous les trois ou quatre ans. C’était une folle à l’esprit vif. Après avoir traversé le ruisseau, son chien s’en allait trotter sur le tapis plain de l’étage.
    Mon père disait : « Albert ! »
    Le vieil homme me caressait la tête avec douceur - c’était exquis - et disait avec malice : « Dieu qu’il est beau, cet enfant ! »
    « Albert… » disait mon père.
    Ma mère allumait une cigarette en apportant deux bouteilles de vin, et le trio buvait jusque tard dans la nuit.
    Quant à moi, hypnotisé tour à tour par les braises du feu ouvert et le regard du vieil homosexuel charmant, j’enregistrais - sans y comprendre rien - quelques-unes de ses paroles définitives : « Les erreurs des moines copistes forment la majeure partie des règles d’orthographe de notre époque » disait-il. « On devrait abattre tous ceux qui abattent des arbres » ajoutait-il. « Cet enfant n’est pas suffisamment stupide pour réussir des études universitaires » concluait-il avant de m’embrasser avec tendresse et de s’éloigner dans l'obscurité où je l'aurais volontiers suivi.

(2126)

 
 
Le chien d'Albert

    Nationalisme : fierté de la bêtise d’antan.

(2148)



    « Va-nu-pieds sur tatami cherche nuage de talc mentholé parcourant la voie de la main vide. »

(2149)



    Une fois l’an, j’avale une capsule de cyanure, j’ouvre le gaz et me tranche les veines en écoutant « Mon petit vieux » par Camille, enivré par les vents sur un radeau en pleine mer, aux côtés de Georges Brassens, Nino Ferrer et Léo Ferré. C’est ce que je nomme Passage à l’an neuf.

(2150)



jeudi 22 avril 2021

Avis

  Opuscule navrant n'est pas encore disponible en librairie, mais cela ne saurait tarder - disent-ils dans les hautes sphères...

  En attendant, c'est à vil prix que mon unique lecteurs pourra le commander sur le site TheBookEdition - juste avant la chute de la civilisation thermo-industrielle.

   Profitez-en : on ne vit pas tous les jours une déconvenue planétaire.

 
 



lundi 19 avril 2021

    La morale est le contraire du bonheur depuis que j'existe.

(Francis Picabia)

 


    C’était un endroit déserté, une ruelle en cul-de-sac où déambulaient de temps à autre quelques sangliers. Le fermier du coin passait son temps à manger des crêpes et ses enfants à se reposer, allongés dans un divan. Les champs étaient cultivés à temps partiel. Coquelicots et fleurs sauvages poussaient un peu partout. Recouvertes de lierre et de muriers, les clôtures s’étaient lentement couchées. Des animaux s’étaient établis dans ces gites accueillants, à l’écart de toute fébrilité. Quand le vent soufflait du sud, on pouvait entendre au loin le passage du train : c’était le signe que le temps serait bientôt ensoleillé. Des hérons cendrés atterrissaient près d’un trou d’eau où allaient boire toutes sortes d’oiseaux inconnus. Des centaines d’arbres plus que centenaires murmuraient de concert dans la forêt qui cernait l’ensemble.
    Tombé amoureux de l’endroit, j’y restaurai un vieux cabanon et plantai une agroforêt alentour, bâti la Grotte Notre Dame des chèvres et creusai une mare où se développa peu à peu tout ce qui le désirait. En quelques années, mes bricolages s’effacèrent lentement sous le Triomphe du végétal.
    Le bonheur est cet instant sur lequel le malheur vient s’abattre aussitôt.        
    Suite à la mort de ses parents, le fermier fut contraint de vendre sa maison.
    Quelques notables transformèrent la vieille fermette basse en « Immeuble de rapport » de deux étages. Des touristes se rendirent sur place pour crier tard dans la nuit en écoutant de la musique à fort volume.
    Les nouveaux propriétaires installèrent des kilomètres de fil de fer galvanisé et plantèrent un vignoble qu’il prirent soin de protéger par des enceintes grillagées. Ils posèrent des barrières avec chaînes et cadenas pour interdire le passage dans la forêt.
    Les locataires bénéficieront d’un accès privilégié à la forêt privée.

    Deux excavatrices, un rouleau compresseur et un bulldozer s’activent à présent pour creuser une cave à vin. La salle de réception et le parking pourront accueillir visiteurs et camions semi-remorques. N’étant pas suffisamment fortunés, ces personnages ont fait abattre tous les arbres de plus d’une quarantaine d’années, puis, afin de rentabiliser au mieux leur acquisition, décidèrent de s’acharner contre ceux qui étaient encore en vie.
    Comme je leur demandais si cet anéantissement leur plaisait, ils me répondirent qu’une forêt éclaircie était bien plus agréable à parcourir, et que les arbres étaient de toute façon « arrivés à maturité » - on ne saurait mieux résumer la profondeur de pensée de l’homme d'action.
    La nuit, lorsque le temps fraîchit, un sèche-cheveux géant motorisé souffle sa sottise sur les vignes. Le jour, les enfants des maîtres du monde jettent des cailloux sur les chèvres - le plus grand danger guette ces miniatures.
    Je vous écris ces quelques mots, chère amie, après avoir pris un calmant et enfoncé des bouchons dans mes oreilles, car, avec Homo sapiens, il ne fait aucun doute que l’histoire est en marche.
    Les travaux durent depuis maintenant plus de deux ans. L’été dernier, la forêt tomba malade - rien d’anormal, les forêts sont condamnées à moyen terme.
    Cependant, mon amie, ne vous y trompez pas : mon humeur est excellente. Dans peu de temps, ces heureux entrepreneurs s’attelleront à la récolte des raisins sous une canicule écrasante. Ils se débattront sous une pluie de feu et finiront par s’effondrer, calcinés, sur le panneau mentionnant Le Domaine des Dieux.
    Fou de douleur, le Messie est forcément sauvage, et c’est ainsi qu’il faut imaginer le rêveur : joyeux.

(2136)




dimanche 4 avril 2021

   Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernements seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie !  
   Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin.
  
(Charles Baudelaire)



samedi 3 avril 2021

vendredi 2 avril 2021

    Ce que nous appelons la morale n'est qu'une entreprise désespérée de nos semblables contre l'ordre universel, qui est la lutte, le carnage et l'aveugle jeu des forces contraires. Elle se détruit elle-même, et, plus j'y pense, plus je me persuade que l'univers est enragé.

(Anatole France)



mercredi 31 mars 2021

    Les mots ont un sens, et c’est pourquoi ils nous supplient de ne pas être employés, car l’existence est insensée.

(2143)



    Entièrement nu sous la pluie, souriant sous les trombes d’eau qui éteindront son chagrin, frappé par un éclair, il rejoindra l’obscurité dans laquelle, toute sa vie durant, il avait tenté de vivre.

(2143)



    Suite à ma déroute universitaire, j’avais donc le choix : effectuer un service civil dans une maison de jeunes - je n’aimais pas les jeunes -, ou me rendre sous les drapeaux - je n’avais jamais rencontré de militaire. Deux ans d’un côté, dix mois de l’autre. J’optai pour une moindre souffrance et me rendis chez les Chasseurs ardennais.
    Cette expérience fut éblouissante. Nommé « Chef de chambrée » par je ne sais quelle méprise, je mis un point d’honneur à refuser de donner des ordres et commençai à nettoyer l’entièreté du bâtiment moi-même. On me dégrada. Plutôt bon tireur au fusil, je plaçai mes balles en plein centre des cibles de mes camarades. Je fus exempté de tir.
    J’aimais beaucoup cette petite mitraillette nommée « Vigneron », que je démontais et remontais inlassablement, expliquant que l’ordre m’avait été donné par le Colonel. On me reprit les armes.
    Grâce à mon amour de la comédie dramatique, je fus exempté du rasage, du port de béret et de la tenue de camouflage, du salut aux officiers et du Salut au drapeau.
    Je participais néanmoins aux exercices de nuit, où mon art du contournement me valut une citation. Au lieu de traverser le champs de mines sous le feu de l’ennemi, je rebroussai chemin, flânai dans les bois et repris ma route par le chemin vicinal pour m’emparer du fanion avant la meute.
    On voulut me nommer Caporal. Je choisis trois jours de repos et, lorsque j’en eus assez, je tombai malade et fus démobilisé sur-le-champ.
    Avec le recul, je pense que j’aurais cependant fait un très bon guerrier. En cas de conflit, je serais tout à fait capable de faire feu à volonté tout en prenant la fuite.

 (2139)


 

    Qui peut croire à l’absence d’égo chez celui qui se définit comme « Sage » ou « Méditant », alors que cet homme est persuadé d'être supérieur en conscience à la plupart des autres ? (N’oublions jamais que le plus idiot des hommes est lui-même persuadé d’être plus noble que son voisin, de Mike Tyson à Lie-tseu.)

(2138)

 
Femme très supérieure en conscience


samedi 6 février 2021

   Est-il rien de plus sinistre qu’une conversation de table d’hôte ? J’ai vécu dans les hôtels, j’ai subi l’âme humaine qui se montre dans toute sa platitude. Il faut vraiment être bien résolu à la suprême indifférence pour ne pas pleurer de chagrin, de dégoût et de honte quand on entend l’homme parler. L’homme, l’homme ordinaire, riche, connu, estimé, respecté, considéré, content de lui, il ne sait rien, ne comprend rien et parle de l’intelligence avec un orgueil désolant.

   (...)

   Il me semble que je vois en eux l’horreur de leur âme comme on voit un fœtus monstrueux dans l’esprit-de-vin d’un bocal. J’assiste à la lente éclosion des lieux communs qu’ils redisent toujours, je sens les mots tomber de ce grenier à sottises dans leurs bouches d’imbéciles et de leurs bouches dans l’air inerte qui les porte à mes oreilles.

(Guy de Maupassant)

  



jeudi 4 février 2021

samedi 30 janvier 2021

    La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes (le catéchisme commence à 7 ans) pour pouvoir s'en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n'excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n'empêchent pas leurs fils d'épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu'une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé.

 (Richard Dawkins)