lundi 20 janvier 2020

   Les premières minutes du film Paris, Texas de Wim Wenders forment un chef-d’œuvre, lequel s'écroule dès que le personnage principal se met à parler - le dialogue finit toujours par abolir la poésie.

(2068)


On the roof again

   M’exaspère l’homme de droite qui, évoquant Albert de Routisie, s’exclame « C’est un sale communiste ! »
    M’irrite l’homme de gauche qui, après avoir entendu le nom de Louis Scutenaire, s’écrie: « C’est un vieux réactionnaire ! »
    L’animal politique est toujours prêt à se jeter sur vous, non pour se nourrir ou pour jouer, mais pour mordre afin vous enrôler dans son perpétuel mouvement.

(2066)


jeudi 9 janvier 2020

   (...) si l'on considère combien petite est, après tout, la coupe de la joie humaine, combien vite elle déborde de larmes, combien facilement, dans notre soif inextinguible d'infini, nous la vidons jusqu'à la lie, on ne nous blâmera pas de faire tant de cas d'une tasse de thé.

(Kakuzô Okakura)

   L'homme qui pense ne prêche pas, il n'utilise pas de microphone, il ne zarathoustraïse pas, il bâillonne tout type de sonorité qui ne serait pas un discours posé, il amende le langage, il évite de rendre publics ses rêves de bien futur - en vérité, il tend à NE PAS AGIR. C'est déjà beaucoup de ne pas réveiller les croyants, de remuer avec légèreté les feuilles de thé pour que l'eau bouillante en prenne à peine la teinte, le thé de la vérité prédestiné à un tout petit nombre.

(Guido Ceronetti)

 

Génialité de l'infusion lente

   Aucune idée n’a jamais fait de mal à personne, à condition de l’abandonner à l’endroit où elle a pris naissance.

(2065)


dimanche 5 janvier 2020

vendredi 3 janvier 2020

   « C’est dans la sexualité que réside la suprême intensité du plaisir terrestre, mais après l’étreinte, lorsque les corps entrelacés se dissolvent dans l’obscurité de la nuit éternelle, n’est-ce pas l’instant où nous ressentons la présence de l’absolu ?
    De la même façon, une longue promenade en hiver et à l’écart du monde nous ravit, mais le bonheur est encore plus intense une fois notre aventure terminée, après être passé sous la douche, allongé sur un divan. C’est juste après avoir goûté au plaisir que nous ressentons le plus grand des plaisirs. Quant à la mort, qui arrivera très bientôt et après tout, peut-être nous offrira-t-elle de goûter à l’infini. Qui sait ? Ce serait tout de même la plus agréable des surprises. »
    Voilà ce qu’avait dit Tchouang-tseu à chèvre Natalie, laquelle lui avait répondu:
    - Je n'en suis pas certaine.

(2063)


dimanche 15 décembre 2019

   Ne pensez pas qu'un jour il vous sera permis
De vous dire " je suis de moi-même l'ami ",
Et de faire avec vous la paix définitive
Vous resterez livrés à vos alternatives
Quand vous verrez demain vous méconnaîtrez hier
Vous vous renierez avant qu'il fasse clair.

(Arthur Cravan)


Morceau de colombe - Ralph Steadman

mercredi 4 décembre 2019

   Je ne me considère pas comme une femme ni comme un homme. Tout au plus suis-je un personnage au sein duquel vivent d’autres personnages, tous parlant entre eux et formant une constellation dont je ne connais pas l’épicentre.

(Sarah Chiche)

 

Photographie - Mike Rowe

lundi 2 décembre 2019

   Le karaté est un art de sociopathe. On y apprend comment tuer en un seul coup - vertèbres cervicales brisées, arrêt circulatoire, système digestif détruit, etc. Néanmoins, les pratiquants assidus sont le plus souvent des gens charmants: à l’entraînement, s’il leur arrive de porter un coup à peine trop appuyé, ils blêmissent aussitôt et se confondent en excuses. Et lorsqu’on demande aux mieux entraînés comment ils ont réagi lors d’une attaque, la réponse est bien souvent la même: « Je me suis éloigné en évitant les coups, de peur d’en donner un. »
    Approché par un jeune homme agressif en pleine nuit dans une ruelle déserte, un septuagénaire a déclaré: « Je me suis mis en garde avec un maximum de kimé* accompagné d’un kiai**, et l’assaillant, surpris par cette décharge d’énergie, s’en est allé. S’il est vrai que seul le plus lâche s’en prend à un vieillard, il fuit aussitôt quand il constate que ce dernier voyage en tenant la mort par la main. »

*Détermination énergique
**Cri puissant

(2059)

 

Bientôt vieille dame plutôt déterminée

   Je musardais dans les ruines d’un ancien château fort, lorsque je tombai sur un trésor érotique - une image dissimulée sous une pierre par quelque jeune garçon d’une époque révolue. Aussitôt projeté en mon adolescence, je me retrouvai à genoux devant l’autel des apparitions miraculeuses, m’abandonnant à la plus élémentaire des vertus.
    Plus de trente ans ont passé, mais le souvenir de cette aventure revient de temps à autre pour me rappeler que le temps n’existe pas.

(2060)


   De temps à autre, entendant une chanson populaire que nous détestions jadis et qui nous semble à présent agréable, nous nous mettons à fredonner, en souvenir d’un temps qui nous faisait horreur.

(2061)


vendredi 22 novembre 2019

   Elle dit: "Nous faisons tous partie, nous tous, de la tribu sauvage des avaleurs de foutaises."

(Harry Crews)

jeudi 21 novembre 2019

   « Je n’ai jamais pris d’antidépresseurs » déclare avec fierté celui qui aligne sur sa table de nuit somnifères, anxiolytiques, comprimés de millepertuis, etc. Ne faites pas le fier, ragondin jovial: le jour où vous perdrez une jambe, vous prierez pour que l’on vous porte une béquille. À l’homme sûr de lui, toujours devrait être offert un bel incendie.

(2055)


Photographie - Tibor Kercccz

   En balayant les feuilles de la terrasse, je me souviens du temps où je passais à moto chaque jour devant la maison d’une vieille dame qui balayait sa terrasse. Je me disais que sa vie était pauvre, triste et sans intérêt, alors que j’avais l’impression de participer à une aventure motorisée riche en découvertes. En réalité, de ces randonnées je n’ai rien apprécié, quand j’y songe, excepté quelques étreintes avec de furtives amazones. Comment ai-je pu être aussi con ? C'est effrayant... Ensuite, je me prends à rire de moi-même, sous l’œil intrigué du chat - lequel se demande comment il est possible d’être intéressé par le balayage d’une terrasse.
    La vie est une succession d’idioties qui, à mon sens, ne sont supportables qu’à condition de posséder un minimum d'autodérision.

(2057)


On the road again: again





dimanche 17 novembre 2019

   Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit.

(Charles Baudelaire)


samedi 16 novembre 2019

   Quand j’entends parler de mauvaise réputation, me vient aussitôt l’envie d’étrangler le messager - et d’aimer plus encore Georges Brassens. Je me forge un avis - toujours fluctuant - sur mes propres impressions, et n'ai jamais pris en compte l'opinion publique pour ce faire. Dans le meilleur des cas, l’avis général m’est exaspérant, ce qui me tonifie et me donne la force de continuer avec entrain.

(2061)


Le Chœur étranger

vendredi 15 novembre 2019

   J'ai vu beaucoup plus d'hommes ruinés par le désir d'avoir une femme et des enfants que par l'alcool et la débauche.

(William Butler Yeats)

mercredi 13 novembre 2019

   L'un des secrets de cette sensation esthétique que produit la nature, c'est l'absence de l'Homme.

(Inaki Uriarte)


Chèvre Uriarte

Lu chez Lipolu



mardi 12 novembre 2019

   À notre époque, peu d’états mentaux perturbés ne pourraient être améliorés par une panne d’Internet de plus de trois jours.

(2056)


Eurêka

   Selon Giorgio Agamben, « une société vivable ne peut résulter que de la dialectique de deux principes opposés et, d'une certaine manière, coordonnés : le droit et l'anomie, un pôle institutionnel et un pôle non institutionnel ou anarchiste (…) une langue vivante résulte de la relation harmonieuse entre la spontanéité (la "langue maternelle" de Dante) et la règle (la langue "grammaticale" de Dante). »
    Selon un notaire déprimé rencontré sur la route, « un être humain n’a pas besoin de plus d’une maison pour se loger à l’abri des éléments. »
    Selon le Président du Mouvement réformateur, une allocation de neuf cents euros par mois est une coquette somme offerte à un chômeur, car c'est à peu près le montant que perçoit chaque jour cet homme politique.
    Les mentalités évoluent à peine moins vite que la dégradation de l’Univers: nous y arriverons à l’instant où nous aurons enfin admis que nous sommes tous perdus et que tout est perdu.

(2059)

 

Fuite des cerveaux



   Préfères-tu que je sois ta chose, être mon objet ou que nous restions simplement assis au bord du vide en souriant ?

(2060)


mardi 5 novembre 2019

   Né dans une famille très pauvre, mon grand-père paternel avait quitté l’école à quatorze ans pour travailler à l’usine. Lorsqu’il fut marié, son épouse ouvra une petite droguerie dans les bas-fond d’une zone sidérurgique et, quelques années plus tard, l’envie vint à cet homme de faire des études. Le soir, couvert de suie, il travaillait ses équations mathématiques sur la table de la cuisine, à la lueur d’une chandelle. Durant ses moments libres, et bien qu’il fût quasiment analphabète, il lisait et relisait avec lenteur Le Capital. Deux années après avoir passé ses examens d’études secondaires au Jury central, il devint pharmacien. Sa femme - la douceur incarnée - lui proposa de prendre quelques jours de repos pendant qu’elle s’occuperait du commerce. Il quitta la ville de Seraing à vélo et se dirigea vers la Suisse qu’il parcourut quinze jours durant sur sa bicyclette déglinguée. Deux ans plus tard, il mourait de la tuberculose.
    Il connaissait de fréquents accès de rage durant lesquels il enlevait sa ceinture pour battre ses enfants.

(2053)


   Infidèle à tout, je ne peux concevoir le moindre serment - en aucun domaine.

(2055)

           

                        Hop