samedi 20 avril 2019

   J’envisage les katas - et le karaté dans son ensemble - comme une succession de mantras : une agréable façon de s’oublier. Le guerrier zen chemine avec la mort à ses côtés, tout comme le ronin - samouraï sans maître -, ce qui est également mon cas.
    Dans le kumité Shotokan, il s’agit d’engager l’entièreté de son attention et de son énergie dans un combat contre un ennemi-partenaire qu’il convient d’abattre sans toutefois le blesser. (La première règle du karaté est de ne jamais blesser quiconque dans un dojo, ni ailleurs, sauf en dernier recours. Gichin Funakoshi, l’inventeur du karaté Shotokan - dérivé des arts martiaux chinois -, écrivait : « Il n’y a pas d’attaque dans le karaté. » En voyant l’évolution de son art, il fut intensément dépité, comme le serait de nos jours l’inventeur de l’automobile, de la machine volante, du microphone ou de l’écriture cunéiforme.)
    Pour en revenir aux arts martiaux, un observateur attentif se doit de constater que la pratique du karaté est plus tendre que celle du coït - si le désir d’annihilation est semblable, la volonté de ne pas meurtrir est souvent perçue comme un manque de détermination par la partenaire d’étreinte.
    Néanmoins, et comme en toute chose, une séance réussie - ou ratée - se clôture de la meilleure façon possible : par le repos du guerrier, vainqueur ou vaincu. S’il arrive que la nuit remue, c’est avec bienveillance et pour nous conduire vers le néant, guérisseur ultime de la maladie contractée par chacun lors de sa mise au monde.

(1995)


            Sandy Scordo vs Nat Townsley

mercredi 17 avril 2019

   Quand un monument historique - écrasant totem peinant à égaler la dévotion et la mégalomanie de ses contemporains - est détruit par un incendie, une tornade ou toute autre intervention bienveillante de l’Absolu sous la voûte céleste, il n’est pas nécessaire de s’en réjouir, et moins encore de s’en attrister.
    Une fois le terrain dégagé, il suffit d’y planter des fleurs et quelques arbrisseaux, laisser se transformer les fondations en pièces d’eau, et parsemer le tout de bancs publics où seront proposées gracieusement - pour l’éternité - des infusions de thé et de menthe fraîche embaumant à portée de main. Il n’est jamais trop tard pour se hisser à hauteur d’homme.

(1996)


dimanche 14 avril 2019

   Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques.

(Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se composent les richesses.)



Houbiste non multiplié






   On ne triomphe pas de ses adversaires en essayant de les convaincre, il faut simplement attendre qu'ils meurent. (Max Planck)



Esthétique du Ferrugineux

vendredi 12 avril 2019

  On doit toujours être mécontent, pas seulement de quelque chose : de tout. Les gens satisfaits sont des gens éteints.

(Paul Léautaud)




Jeune femme allumée

mercredi 10 avril 2019

   Nous étions en désaccord sur tout, mais je ressentais pour cet homme une affection particulière - à peu près égale à la somme de nos divergences. J’admirais l’élégance avec laquelle il défendait ses emportements et sa mauvaise foi. Son insolence même était vivifiante. (Ceux qui partagent mon avis le font trop souvent de sinistre façon, ils m’exaspèrent et finissent par m’endormir au sortir de ma sieste, ce qui me dépite au plus haut point.)

(1990)

 

Un homme ? Où ça ?

   Moins on prend la vie au sérieux et plus elle devient agréable.

(1992)

 

Document - L'Éther


lundi 8 avril 2019

   Proposition de mettre dans un même panier le chien qui aboie et son maître, l’enfant hurlant et ses géniteurs, puis de poser cette bourriche bien garnie sur l’océan Austral, à mi-distance entre le Cap Horn et la péninsule Antarctique - dans les cinquantièmes hurlants.

(1993)


Un



Deux





Trois


    De la même façon que les émotions alternent sans cesse sur le visage de Georges Brassens, l’androgyne est tour à tour mâle ou femelle, et la richesse de ces expressions me trouble et m’émerveille. J’ai toujours préféré les hommes possédant une part importante de féminité et les femmes capables de lancer à la fois quelques piques et un marteau.

(1989)


Chèvre Renée et Sœur Natalie

samedi 30 mars 2019

   Le pire n'est pas que la vie refuse ce qu'on désire, c'est que, l'ayant donné, elle le reprend .

(Juan Carlos Onetti)



jeudi 28 mars 2019

   (...)
  
   Et personne ne saura rien de la guerre qui fait rage,
   Nul ne s'inquiètera quand en viendra la fin.

   Nul ne se souciera, ni l’arbre ni l’oiseau,
   De voir exterminé jusqu'au dernier des hommes,
   Et le printemps lui-même, en s'éveillant à l'aube,
   Ne soupçonnera même pas que nous sommes partis.

(Sara Teasdale)

 

Contre-jour au royaume des saintes Caprines

mercredi 27 mars 2019

    Ceux qui croient en l’avenir de l’humanité n’accordent pas davantage une confiance totale à leurs voisins que ceux qui n’y croient pas.
    Les humanistes - Jean Ferrat et Paul Jorion - veulent mettre en place un environnement favorable à l’épanouissement de tous. Les sceptiques - Georges Brassens et Louis Scutenaire - pensent que l’homme est une erreur à ne pas reproduire.
    Quant à moi, je constate que le progressiste et le tyran sont au moins d’accord sur un chose : sans répression, point de salut. Or, en ce salut, comme les curés, la plupart des hommes veulent croire.
    L'être humain, sans aucun doute, est capable de bonté envers autrui, mais uniquement les jours où il en est capable. Les réels progrès de la dentisterie peinent à dissimuler la toute relative universalité de la « philia ».
    En accord avec Lichtenberg - en désaccord parfait avec Aristote - il me semble que nous aimons les autres pour ce qu’ils nous apportent : sourire, intelligence ironique, regard ombrageux, forme et souplesse du corps, mine défaite, aide financière, coup de tonnerre, etc. C’est avec la même sobriété que nous abordons la disparition d’un homme que nous aimons, surtout lorsqu'il meurt après avoir trahi notre confiance.


(1985)


Le vent, c'est la Voie, vers de farine !

    J’imagine que l’humanité n’est pas entièrement différente des vers de farine qui se développent à l’intérieur d’un sac et qui commencent à s’empoisonner par leur propres toxines bien avant que la nourriture ou même l’espace physique ne leur manque.

(Claude Lévi-Strauss)

 

Misérable miracle, dit chèvre Catin

lundi 25 mars 2019

   C’est dans les moments où je m’adore que j’apprécie pleinement ton mépris, parce nous aimons jouer avant que le froid - ou les autres - ne nous séparent.

(1987)

 

Tant que l'air est vif

mardi 19 mars 2019

   Allongé sur une carpette à poils ras, les jambes posées sur le mur en position Viparita Karani - Posture de l’Équerre -, je respire profondément en écoutant l'ancienne mélodie de Sainkho Namtchylak.
    M’envahit alors une nouvelle sensation de bien-être, tout à fait particulière, plus agréable encore que celle qui vient lors de l’assoupissement. Comment les hommes peuvent-ils parcourir le monde alors qu’il suffit de se mettre la tête en bas pour approcher la félicité ? Je ne comprendrai jamais rien à cette planète, mais je connais désormais une nouvelle façon de m’évaporer.

(1988)




                                                                 

Houbisme: 1 - Prolégomènes

samedi 16 mars 2019

  (...) il n'y a qu'une partie de nous qui aime le plaisir et goûte le bonheur, qui désire atteindre nonante ans passés et mourir en paix dans une maison que nous avons construite et qui abritera ceux qui viendront après nous. L'autre moitié est presque folle. Elle préfère ce qui est désagréable à ce qui ne l'est pas, aime la souffrance, se complaît dans son désespoir nocturne le plus noir, désire périr au sein d'une catastrophe qui ramènera la vie à ses commencements et ne laissera rien de notre maison que ses fondations calcinées  (...) Mais généralement, aucune ne l'emporte vraiment sur l'autre, car nous sommes divisés contre nous-mêmes.

(Rebecca West)


Les jours heureux

   Je venais d’écouter les informations et j’avais envie de détruire mon ordinateur à coups de marteau. Après avoir avalé mon calmant, je m’allongeai au milieu du fracas sonore que je n’avais pas eu la force de réduire à néant, tant ma stupeur était intense. Il y eut soudainement un silence - une défaillance technique, je suppose -, puis j’entendis des voix.
   Hildegard von Bingen me conduisait dans les limbes, Nunc aperuit nobis, où j’avais pourtant juré de finir mes jours avec Billie Holiday. Aspiré hors du monde par l’une des trappes donnant sur l’éther, je rejoignis Lie-tseu dans la béatitude du vide parfait, et cette perfection fut telle que, à mon réveil, je continuai de vivre durant quelques heures sans m’en apercevoir.

(1342)




 

Oreilles dans la nuit

   Il n’y a rien pour une fête ici
   Seulement le beau geste
   Seulement le mot juste

   Soigne tes adieux 
   Tu veux

(Bertrand Belin)


Victoire sur la mer - Jan Saudek

vendredi 15 mars 2019

   Si, au temps passé pour parcourir une distance donnée, on ajoute le temps passé pour gagner l'argent nécessaire à l'achat du véhicule, du carburant, du garage (...), notre vitesse moyenne de déplacement est ramenée ... à celle de la marche à pied.

(Ivan Illich)

 

Houbiste validant le concept



Houbiste ayant validé le concept




jeudi 14 mars 2019

   Quand il gèle à pierre fendre, offrez de l'eau tiède aux chèvres. Méfiantes, elles y goûteront d’abord du bout de la langue, recrachant immédiatement dans le seau en éternuant. Ensuite, elles boiront de grandes lampées au son d’une agréable rythmique bien syncopée et, en voyant leurs yeux se fermer lentement, vous connaîtrez alors le plaisir d’aimer.

(1941)


   Régime alimentaire calculé, hygiène de vie irréprochable, tempérance, ménagement - et malaises inévitables, comme tout le monde.

(1964)

 

Hou


Photographie - René Demoulin

   Chez la femme raffinée - cruelle et mélancolique -, il n’est pas rare de voir se former le désir de faire l’amour à l’univers tout entier, de toutes les façons possibles et à l’envers. (Plus d’un amant aguerri aux ébats exotiques a été rendu perplexe par ce genre de phénomène paranormal.) De la même façon, l’homme charmant est repoussé avec mépris par l’exécrable harpie à la trivialité stimulante.
    Si quelquefois nous cherchons à prendre le Train de l’enfer, c’est pour nous approcher au plus près de l’absolu. C’est une erreur, peut-être, mais c’est la seule que nous ne sommes pas près de regretter.

(1966)



Take me down to the paradise city* 

(William Shakespeare)





*Quand ell' passe en revue les zouaves

lundi 11 mars 2019

   Je n'ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m'y opposer.

(Walt Withman-tseu)



Après nous le houbisme