dimanche 17 février 2019

    Il n'existe pas d'être capable d'aimer un autre être tel qu'il est. On demande des modifications, car on n'aime jamais qu'un fantôme. Ce qui est réel ne peut être désiré, car il est réel. Je t'adore... mais ce nez, mais cet habit que vous avez...
    Peut-être le comble de l'amour partagé consiste dans la fureur de se transformer l'un l'autre, de s'embellir l'un l'autre dans un acte qui devient comparable à un acte artiste, - et comme celui-ci, qui excite je ne sais quelle source de l'infini personnel.

(Paul Valéry)


Aurore au crépuscule

samedi 9 février 2019

   Ne m’intéresse que l’homme ayant perdu en assurance au cours du temps, tout en conservant le goût du paradoxe et celui du saut de chevreuil. N’ayant cessé de creuser, il s’est égaré dans son tunnel mais cet endroit est devenu le plus réjouissant des palais. Couvert de boue, essayant de protéger une chandelle sur le point de s’éteindre, ayant perdu l’usage d’un bras et blessé à la jambe, il continue de murmurer sa chanson en remuant les orteils dans un ruisseau. Et bien qu’il sente mauvais, je le serre fortement dans mes bras. À défaut de comprendre quelque chose, peut-être nous comprenons-nous un peu.

(1951)


dimanche 3 février 2019

   Il fut un temps où plusieurs jours de lecture me suffisaient à peine pour être ébloui par une phrase. Je l’extrayais du bourbier littéraire où elle marinait et j’en faisais un confetti, aussitôt collé sur le mur. Je vivais entouré d’astéroïdes.
   À notre époque, en quelques minutes de recherche sur internet, il nous est facile de découvrir une ravissante sentence, mais elle ternit bien vite sur l'écran brillant.
   L’invention du signe n’était qu’une étape intermédiaire, quelquefois heureuse mais beaucoup trop approximative pour nous permettre de communiquer. Le nénuphar avait vu juste.

(1945)

Princesse noire

(Bientôt invitée sur nos terres)

vendredi 1 février 2019

   Presque partout — et même souvent pour des problèmes purement techniques — l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'obligation de la pensée.

(...)

   Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

(...)

   Si un homme disait, en demandant sa carte de membre : « Je suis d'accord avec le parti sur tel, tel, tel point; je n'ai pas étudié ses autres positions et je réserve entièrement mon opinion tant que je n'en aurai pas fait l'étude », on le prierait sans doute de repasser plus tard.

   Mais en fait, sauf exceptions très rares, un homme qui entre dans un parti adopte docilement l'attitude d'esprit qu'il exprimera plus tard par les mots : « Comme monarchiste, comme socialiste, je pense que... » C'est tellement confortable ! Car c'est ne pas penser. Il n'y a rien de plus confortable que de ne pas penser.


(Simone Weil)












 

Allons-y

jeudi 31 janvier 2019

   Nous libérerons le ciel en abolissant tout décollage (...)

Delorée - (1315) - 2018




Libérons les nuages ici



lundi 28 janvier 2019

dimanche 27 janvier 2019

   "Le "A" entouré d'un cercle est un symbole d'extrême-droite."

(Michel Wieviorka, ancien président de l'Association internationale de sociologie)



Hermann Göring et Pol Pot

(Source: Michel Wieviorka)

 
   Ne pas se pendre : rester suspendu, sans les mains.

(1945)



(Couper le son: toujours)



   Comme un rocher qui n'est pas particulièrement amical ou tendre, il faut parfois se tenir là.

(Kostas Axelos)

 

Balkanisation et Utopie

samedi 26 janvier 2019

   Plus il est intelligent et plus l’enfant se masturbe fréquemment, afin de conserver un équilibre. N’est-ce pas là une preuve irréfutable de la pénibilité de la pensée ? (En couple ou non, l’homme profond reste un grand enfant.)

(1944)


L'Inconfort de vivre et son double

jeudi 24 janvier 2019

   À peine l’envie de faire quelque chose me vient-elle que j’ai l’impression d’avoir consacré ma vie entière à cette occupation. C’est très étrange, et pourtant je connais cet état depuis mon enfance.
    Il me semble avoir déjà vécu la vie de tous les hommes, et aucune d’entre elles ne m'a paru satisfaisante.
    Vers l’âge de douze ans, vint s’ajouter l’idée selon laquelle j’avais également été tout animal, plante et minéral, ce qui m’apparaissait un peu plus intéressant, sauf que ces derniers ont vécu entourés d’êtres humains, lesquels ne se privant jamais de les bousculer.
    Ma seule conviction est que cette vie est la dernière et qu’il est temps d’en profiter pleinement, sans plus me consacrer à rien. Le nirvana n’attend pas.
   Quand je suis ici, je n’y suis pas.

(1942)


Le Chœur sur la Voie

   Vivre intensément, c'est se heurter à des contradictions qui, il ne faut jamais se le dissimuler, engendrent fascination, angoisse et vertige.

(Alexis Klimov)



(...) et l'on verra qu'un homme sans contradictions est un robot plein de misères


Document volé à la Chèvrerie du Moine

   Nous sommes le peuple : abominable. Je suis le peuple : terrifiant. La dépopulation est l'avenir de l'humanité.

(1940)



            Héraclite on the road again
   « Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu’il valait mieux rester. »
    Si cet imbécile de Seguin avait parcouru la forêt avec ses chèvres au lieu de se lamenter, les laissant courir où bon leur semble, sautant avec elles par-dessus les ruisseaux, il eût été bien inspiré.
    « Tu gagneras de beaux écus à la rose, tu auras ton couvert chez Brébant, et tu pourras te montrer les jours de première avec une plume neuve à ta barrette… », écrivait-il au marquis de l’Orée en 1866, lequel lui avait répondu: « Je préfère danser sous les étoiles filantes en hiver, plutôt que subir l'odeur de friture en compagnie de plumitifs. »

(1932)


Brébant après houbisme

   Capitons et peau d’orange - en quantité équilibrée - ajoutent à la beauté des courbes provoquant nos émois. En l’absence de ces divines apparitions - les honnêtes gens vous le diront tous -, le parcours de la main, insuffisamment accidenté, finit par nous charmer en nous apaisant au plus mauvais moment.

(1939)


Illustration sous-exposée

(Document - Presque humain)

mardi 22 janvier 2019

   Réchauffement climatique ou refroidissement planétaire, peu importe : si les oiseaux disparaissent, le ciel sera plus vide encore.

(1937)

 

Au bon accueil







Ferme sur roues - PROJET









   « I'm goin' up the country, baby don't you want to go? », chantait Tchouang-tseu.

(1904)


   « L’homme est un tuyau », disait ma mère en ouvrant la bouteille de genièvre. « Ingurgiter, se décharger, recommencer », ajoutait-elle après le troisième verre. « J’ai trop bu », concluait-elle vers minuit, avant de prendre l’escalier.
    Le lendemain, tôt levée, elle tournoyait dans les vapeurs de cigarettes et de café, puis parcourait une centaine de kilomètres afin de se rendre au travail.      
   (Si l’énergie interne est bien transmise lors de l’enfantement, ses composantes - cinétique et potentielle - sont cependant réparties différemment par Dame Nature, laquelle favorise la biodiversité par goût de l’expérimentation.)


(1931)





lundi 21 janvier 2019

   Ah ! cette ville imbécile et mortelle […] Elle prend des aspects de nécropole où les macchabées folâtres auraient licence de grimacer et de gesticuler sous un ciel putride, gonflé comme un égout.

(Victor Méric)


   Quel est donc cet individu que je rencontre le matin au saut du lit, après m’être jeté un peu d’eau sur le visage, et qui ressemble à un noyé à peine délogé de la vase ? C'est seulement dans nos rêves que l’avenir a bonne mine.

(1925)


Photographie - Sergey Uryadnikov

dimanche 20 janvier 2019

   Celui qui fit la coupe aime aussi la briser!
   Chers visages si beaux, et seins doux au baiser,
   Par quel amour créés, détruits par quelle haine,
   Périssez-vous, trésors de cette fleur humaine?


(...)

   Épervier fou, laissant le séjour du mystère,
   Mon âme avait voulu monter encor plus haut;
   Je n’ai point ici-bas trouvé ce qu’il lui faut,
   Et rentre d’où je viens, mal content de la terre.


(Omar Khayyam)


Chèvre Épervier fou
 
   Mao, Staline, Fidel Castro, … Se départir de toute admiration politique - en-dehors d’une graine d’anarchisme en chanvre - prévient bien des erreurs de jeunesse. N’ayant pas eu de cœur à vingt ans, il n’en battait que plus fort.

(1927)

 

Chèvre Marie-Claude Bomsel



samedi 19 janvier 2019

vendredi 18 janvier 2019

   Line, ma grand-mère maternelle, restait longuement assise sur le cache-radiateur, jambes écartées, enfumant la pièce de longues bouffées de cigarette et de commentaires sur l’état des plinthes. D’une piété rigoureuse, elle avait cependant commis le péché de chair par trois fois, mettant au monde deux communistes - non pratiquants - et ma mère, désolée.
    Elle m’emmenait à l’église où les statues de vierges moisissaient lentement, tandis que je tentais d’apercevoir leurs aréoles en examinant les drapés de plâtre. Le curé tendait une approche, mais j’étais rapide à l’esquive. Les flammes des cierges noircissaient les piliers de la collégiale et la vieille dame posait le genou sur les dalles de granit. Au sortir de l’édifice gothique, la tiède puanteur de la ville remplaçait l’odeur de caveau.
    On ne s’éloigne jamais suffisamment d’une collectivité.

(1929)


Grand-maman - Vue rostrale