samedi 6 février 2021

   Est-il rien de plus sinistre qu’une conversation de table d’hôte ? J’ai vécu dans les hôtels, j’ai subi l’âme humaine qui se montre dans toute sa platitude. Il faut vraiment être bien résolu à la suprême indifférence pour ne pas pleurer de chagrin, de dégoût et de honte quand on entend l’homme parler. L’homme, l’homme ordinaire, riche, connu, estimé, respecté, considéré, content de lui, il ne sait rien, ne comprend rien et parle de l’intelligence avec un orgueil désolant.

   (...)

   Il me semble que je vois en eux l’horreur de leur âme comme on voit un fœtus monstrueux dans l’esprit-de-vin d’un bocal. J’assiste à la lente éclosion des lieux communs qu’ils redisent toujours, je sens les mots tomber de ce grenier à sottises dans leurs bouches d’imbéciles et de leurs bouches dans l’air inerte qui les porte à mes oreilles.

(Guy de Maupassant)

  



jeudi 4 février 2021

samedi 30 janvier 2021

    La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes (le catéchisme commence à 7 ans) pour pouvoir s'en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n'excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n'empêchent pas leurs fils d'épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu'une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé.

 (Richard Dawkins)


 

    Sur Terre, on dit qu’un arbre est arrivé à maturité lorsque le propriétaire forestier veut posséder une piscine chauffée.

(2034)

 
Accrobranche à laquelle manque le tronc


mercredi 20 janvier 2021

    Je compris tout, clairement, comme si c'était une de ces choses qu'on apprend enfant, pour toujours, et que les mots ensuite n'arrivent pas à expliquer.

(Juan Carlos Onetti)

 



mardi 19 janvier 2021


 

   Le jour où elle quitta le monde, ma tristesse fut plus intense que lors de la mort de mon père. Si le pouvoir m’était donné de ressusciter l’un ou l’autre, c’est sans la moindre hésitation que je choisirais Blanchette. Peu de gens ont égayé mon existence à ce point. 

(2134)



 
Dormir ou charger, disait Blanchette

    Chèvre Blanchette n’avait jamais aimé personne, et surtout pas les enfants. Un jeune garçon, s’étant risqué à l’approcher en mon absence, fut soulevé de terre sous les yeux de sa génitrice, naturopathe et pourtant rétive à l’expression de l’hostilité naturelle.
    À mes amies qui allaient à sa rencontre, elle répondait toujours par une charge sans merci. Une belle ecchymose sur le haut des cuisses était son offrande.
    Elle menait bien évidemment le troupeau et, lorsque je partais seul en promenade - quel que fût l’endroit par lequel je revenais -, elle me repérait de loin et me fixait de son œil perçant depuis le sommet de la butte.
    Un jour, l’ayant conduite pour une saillie, elle fonça tout droit sur le bouc qui devait peser le double de son poids, et lui asséna une dizaine de violents coups de cornes sous le regard stupéfait de l’éleveur.
    « Je n’ai jamais vu ça de ma vie, me dit-il. Va-t-elle le tuer ? »
    Après la mise bas, c’était pire encore. Toute présence humaine dans un rayon de plus de cinquante mètres lui faisait naitre une crête du sommet du crâne à la naissance de la queue.
    Il y a quelques années, dépité par les dégâts qu’elle avait occasionnés dans mon agroforêt durant la nuit - elle avait détruit la barrière puis convié les autres à dévorer les arbustes -, je la conduisis chez un ami, pour souffler un peu. Ce dernier me rappela dès le lendemain. Elle avait démoli deux portes d’étable et pourchassé les moutons toute la journée. Arrivé sur place, elle fit semblant de ne pas me reconnaître. Alors que je parcourais le potager de mon hôte, elle se retrouva subitement à mes côtés. Elle avait sauté par-dessus l’enclos qui mesurait plus d’un mètre vingt.
    « C’est impossible, me répéta-t-il plusieurs fois. Ce n’est jamais arrivé. Je n’y comprends rien. »
    J’ouvris le haillon de l’automobile et elle sauta immédiatement à l’intérieur.
    Quand j’entrais dans la pâture, elle venait à ma rencontre, me humait le nez, acceptait une caresse - une seule - puis s’éloignait d’un air satisfait.
    Hier soir, je la trouvai allongée dans la neige, sur un sol gelé. On la frictionna et lui fit des injections diverses. Elle gémit à peine.
    Cet après-midi, allongé à ses côtés, je remarquai que son regard se dirigeait un peu partout. Elle fixait les chevrons de l’abri, observait attentivement le plafond et le bloc de sel. Elle semblait se poser des questions. Un peu sottement, je lui demandai si elle avait peur, et elle me répondit : « Je n’ai pas peur. J'ai mal. »
    On lui fit une dernière injection.

 (2133)

 

 
 
Foutez-moi la paix, disait Blanchette

 

dimanche 3 janvier 2021

 De temps à autre, ma mère et moi regardions un western. Quand la cavalerie chargeait, ma mère remplissait son verre à ras bord. « Ces ordures maltraitent les animaux » disait-elle à la première gorgée. « Ces mêmes crapules prétendent qu'un bon artisan ne martyrise jamais un tournevis… À leurs yeux, un cheval vaut moins qu’une pièce de bois » ajoutait-elle en buvant davantage.
    « John Wayne est une brute. Il est dommage que les indiens n’aient pas réussi à éliminer cette bande de salauds » finissait-elle par dire en s’élançant vers la cave à la recherche d’une autre bouteille.
    Tard dans la nuit, drapée dans son châle noir, elle montait l’escalier en titubant, murmurant : « Je vais dormir. Il faut dormir ».
    Le lendemain, levée tôt, fraîche et dispose après avoir bu deux cafés, toujours impeccable, elle allumait une cigarette, ouvrait la fenêtre de la voiture et démarrait en trombe.

(2132)

 


 

jeudi 24 décembre 2020

À mon unique lecteurs

 Le personnage de fiction incarnant le metteur en page étant alité suite à la relecture trop attentive d'un certain opuscule, l'affaire est désormais - et fort heureusement - en retard.

Mon rhinocéros tient cependant à vous faire parvenir le message qui suit.

 Joyeuses fêtes et cataclysmes.

 

delorée

 


 

 

          L’art de coucher ses pensées 


   Les gens sérieux friands de spéculations philosophiques jugent les aphoristes navrants parce qu’ils y voient des flemmards. Ils n’ont pas tort. La flemme est le ressort de ces penseurs primesautiers qui, fatigués à l’avance de se lancer dans des démonstrations, privilégient un style lapidaire et se reposent sur l’esprit de finesse de leurs lecteurs. Qu’on ne compte pas sur eux pour faire le travail tout seuls. 

 



   L’avantage du recueil d’aphorismes est double : non seulement il fournit un bon confort de lecture parce qu’il peut s’ouvrir à n’importe quelle page, mais surtout il offre un confort intellectuel. Quand, par exemple, Blaise Lesire écrit : «Naître c’est entrer en guerre », nul besoin de se gratter la tête pour saisir cette vérité existentielle — pardon pour le mot. La formule est imparable. Quand il note encore qu’« il vaut mieux se suicider à domicile que se tuer au travail », il ramasse en une phrase tout le longuet propos du Droit à la paresse de Paul Lafargue. De plus, Blaise Lesire manie un humour poétique qui rappelle Scutenaire : «Travail, Famille, Patrie : Foutaises. Liberté, Égalité, Fraternité : Foutaises. Justice, Progrès, Avenir : Foutaises. Tout est foutaise, sauf tes seins. »

 


 

 
   Je ne connais pas personnellement Blaise Lesire, alias le Marquis de l’Orée, mais je crois pouvoir affirmer sans grand risque de me tromper que c’est dans son lit qu’il couche sur le papier ses « inscriptions » pendant qu’une amazone somnole à ses côtés, ou bien étendu sur l’herbe pendant que ses amies les chèvres, mutines disciples de Montaigne, laissent leurs pensées aller à sauts et à gambades. Il n’y a qu’un fervent praticien de l’écriture en état d’attention flottante pour réveiller son lecteur en le régalant de remarques lucides. Je sais de quoi que je parle puisque je viens de terminer l’opuscule réjouissant de Blaise Lesire et que je compte bien le reprendre dès maintenant. 


Frédéric Schiffter 

 



 






 

 

samedi 12 décembre 2020

   Elle passe bien vite cette caravane de notre vie
Ne perds rien des doux moments de notre vie
Ne pense pas au lendemain de cette nuit

   Prends du vin, il faut saisir les doux moments de notre vie.

 

(Omar Khayyam)

 


 

mercredi 28 octobre 2020

 Dans la lignée des hominidés, les humains et les chimpanzés sont très coercitifs, tandis que les bonobos montrent un équilibre des pouvoirs entre sexes.

(Pascal Picq)

 



lundi 31 août 2020

     Je ne connais aucune civilisation, culture ou société dans laquelle l'ordre social est institué autrement qu'en adoptant cette hypothèse, totalement invérifiable et toujours pas prouvée, qui veut que l'homme soit responsable de ses actes.

(Paul Watzlawick)

 


 

 

 

vendredi 17 juillet 2020

   La seule joie des gens mariés, c'est d'assister au mariage des autres... une joie diabolique !

(Ramón Gómez de la Serna)


Houbiste ni ceci

mercredi 10 juin 2020

samedi 23 mai 2020

   Les idées seront vraies le temps d'une saison, les gloses seront ennuyeuses, les thèses finiront pas être idiotes ; mais les métaphores réussies seront les petites fleurs des siècles, de même des générations disparues reste seulement et encore ! une fibule.

(Ramón Gómez de la Serna)


   Je perds l'usage de la parole
   Mes lèvres sculptent un silence
   Alors pour me faire comprendre
   Parmi les décombres, je danse...

(André Laude)


mardi 5 mai 2020

   Depuis pas mal de temps, je m'étais habitué à ne pas bouger, à laisser le monde devenir fou.

(Cesar Pavese)


samedi 2 mai 2020

   Savez-vous que j'ai subi les trois quarts de cette peine rien que pour le dernier quart ?

(Thomas Hardy)