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jeudi 9 mai 2024

Avis avisé

    Que dire sur ce livre qui a déjà été si brillamment encensé, même le Figaro, sous la plume de Frédéric Beigbeder, y est allé de son compliment très louangeur : « Et soudain, un écrivain est né» ». Un écrivain est né dans une nouvelle collection qu’il inaugure comme si cette collection avait été créée spécialement pour le recevoir. Son éditeur le présente comme un être peu gâté par la nature, « il trouva sa voix en devenant invalide ». « … Il lui arrive de se poser des questions, sans jamais trouver la moindre réponse… ». Il a choisi de vivre dans son petit coin de Belgique, dans le sillon Sambre-et-Meuse, à l’abri des regards et d’une éventuelle notoriété, et désormais même d’une réelle popularité.


    Frédéric Schiffter, le préfacier de cet opus qui ressemble à un P’tit cactus tout en étant deux fois plus épais, revient sur l’importance de l’aphorisme dans la littérature et sur la praticité de les regrouper dans des recueils qu’il est possible de lire à partir de n’importe quelle page sans jamais risquer de perdre le fil de l’histoire. Le présent recueil contient une sélection d’aphorismes choisis parmi deux mille proposés à l’origine, mais pas tous retenus pour des raisons éditoriales ou autres (« Les aphorismes manquants ont été refusés par l’éditeur, en accord avec l’auteur. Ils seront publiés après la mort de celui-ci ou de celui-là »). Schiffter définit Blaise comme « …un fervent praticien de l’écriture en état d’attention flottante pour réveiller son lecteur en le régalant de remarques lucides… ».


    Pour ma part, j’ai lu ce recueil avec attention, à petite dose, régulièrement, pour toujours assimiler attentivement les propos de l’auteur sans risquer la surdose ou l’égarement. J’ai consommé du temps de lecture mais je n’ai pas gâché mon plaisir de lire. Le livre de Blaise ne contient pas seulement des aphorismes, il contient aussi des textes courts en forme de démonstration ou de simple constatation pour expliquer son propos, ses idées, sa vision du monde et de la société, le comportement des humains, … Son immense culture lui permet de citer de nombreux auteurs, philosophes, romanciers poètes et autres qu’il apprécie plus ou moins - ou pas du tout - ainsi que des musiciens et des chanteurs dont il aime les créations et les prestations.


    Avec de l’ironie, de la dérision et même du sarcasme, ces textes évoquent souvent son amertume, son désenchantement voire une certaine forme d’aigreur en constatant le fonctionnement de notre société et le comportement souvent stupide et peu réfléchi de ses contemporains qui ont fait du monde, qui aurait dû être un paradis, un purgatoire en voie de devenir un réel enfer. Il met en parallèle cette vision désabusée avec toutes les splendeurs que la nature, la faune et la flore, et les jolies filles pourraient nous offrir si on ne les contrarierait pas trop.


    Blaise évoque tous ses états d’âme à travers ses aphorismes et ses textes courts, j’en ai noté quelques-uns pour montrer son grand talent littéraire, son immense culture, sa finesse d’esprit, la force de ses déclarations, l’intelligence de ses réflexions, la corrosivité de son ironie, sa vison de notre monde et des hommes qui l’occupent …, en quelques mots seulement :
    L’homme vit dans la nature que Blaise préfère vierge qu’encombrée par les hommes : « Alors que, en forêt, les formes sont en perpétuel mouvement, l’homme met un point d’honneur à encombrer l’espace habité par des monstruosités géométriques et monumentales… ». « Que peut faire en ce monde un homme clairvoyant, sinon demander pardon à tout ce qu’il abime par sa simple présence ? ». L’homme détruit son milieu naturel et vit une existence coincée entre deux progressions, « celle dite de droite, qui lutte pour le bonheur, et celle dite de gauche, qui se bat contre le malheur ».


    Alors Blaise laisse quelques pistes que l’homme pourrait explorer pour vivre dans l’humanité, la sensibilité et une certaine quiétude : « Marcher / Respirer / Sans attendre / Ni espérer », « Ne retiens pas tes larmes. Etre un homme c’est aussi être capable de pleurer », « Ne parlez pas d’amour, d’amitié ou de Dieu, mais de caresse, de tendresse et d’orgasme ». « C’est le reflet de notre propre médiocrité qui nous déplait tant chez les autres … ».


   L’homme se veut aussi écrivain et lecteur, Blaise lui laisse deux brefs conseils : « L’écriture n’est qu’un simple passe-temps qui finit vite par lasser les auteurs clairvoyants ». « L’optimisme est la racine du pire ». Alors, que puis-je conclure après de telles déclarations : que j’attendrai son prochain opus avec impatience bien qu’il laisse planer un vrai doute « Je serai publié le jour où j’aurai prouvé ma bonne foi en arrêtant d’écrire, mais il est probable que je continuerai, parce qu’on ne sait jamais ». Alors ?

Denis Billamboz - Par ici

(Merci à Denis Billamboz, LDS)




mardi 12 mars 2024

 

 
(Merci à Laurent Ruquier, LDS)
 
 



 

    Les aphorismes de Blaise Lesire, dit le Mar­quis de l’Orée, dans ce premier livre Opuscule navrant, au titre d’une délicate ironie, se fondent sur une seule certitude, celle de l’incertitude, et, comme il le dit de façon apparemment tragique,  de « l’insanité du bonheur ».

   Lire un recueil d’aphorismes est une opération de longue haleine, on peut se promener en trempant sa ligne dans le ruisseau et en avançant à la paresseuse… Puis, soudain, une piqûre, un vif-argent entre deux eaux et un éblouissement surgit.

   Opuscule navrant révèle une boîte à bijoux où se nichent la langue de la vivacité, la mélancolie ensoleillée, une vive désespérance et une ironie toujours en osmose avec le pitoyable ou le grandiose de notre improbable humanité.

« Dérober la cerise et délaisser le gâteau » (1972)

«  Je n’ai qu’une parole, et c’est pour ça que je ne vous la donnerai pas. Je refuse que l’on me pense capable de tenir une promesse » (1976)

   Dans cette œuvre exploratrice aux deux mille entrées, Blaise Lesire fait une entrée remarquable et remarquée dans la littérature. Les articles élogieux de Bruxelles à Paris, d’autres suivront certainement, relèvent la qualité intrinsèque de l’ouvrage : une radicalité joyeuse, une langue sans paresse, exigeante et fine, toute entière marquée par ce pari inouï de vivre la tête haute avant qu’elle ne tombe.

   Nous sommes dans le centenaire de la naissance du surréalisme et les éditions Le cactus inébranlable ont magnifiquement rappelé à quel point le surréalisme belge se démarquait d’avec d’autres courants surréalistes en brocardant toute papauté en la matière.

   L’auteur nous fait part des vertiges et des joyeusetés mortifères de notre métier de vivre. C’est « un livre paresseux comme un miroir, les odeurs en plus. »

   Sa lecture, à petites doses, fait naître à chaque fois le sentiment d’une profonde complicité avec le lecteur. La fausse bonhomie où l’emphase discrète sont les risques majeurs du praticien de l’aphorisme. Blaise Lesire, à aucun moment, ne se paye de mots, lui qui nous rappelle que « La mélancolie est le seul patrimoine de l’humanité qui mérite d’être sauvegardé » (771).

   L’auteur, qui a choisi de vivre dans un discret écart du monde littéraire, vient d’y prendre place de façon magistrale. La vivacité et, osons le mot, la compassion de l’écrivain avec la compagnie des hommes, donnent à ce livre une roborative dimension. Autrement dit, chez Lesire, la mélancolie ne rétrécit pas l’horizon mais, au contraire, en révèle les innombrables diffractions.

"Citoyen du monde végétal, j’envierais le minéral."

   Nous savons, en ce temps de sarcasme et de folie meurtrière sans cesse renouvelés, que la littérature peut peu de choses, si ce n’est qu’elle renvoie, quand elle est de la matière de celle de Blaise Lesire, à une forme d’enthousiasme à ne pas céder et à lire dans les plis de l’histoire des raisons de ne pas croire mais de penser, humblement peut-être, à l’infinie complexité du monde où chacun a ses raisons quand la raison démissionne.

                            Daniel Simon

 

              (Merci à Daniel Simon, LDS - Par ici)




samedi 20 janvier 2024

    "Intrigué par la préface de Frédéric Schiffter, un court blabla sans aucun chichi (donc très convaincant), j’ai demandé à Jean-Philippe Querton de bien vouloir m’envoyer Opuscule navrant de Blaise Lesire. Aussitôt reçu, aussitôt non pas lu mais feuilleté, selon un rythme très spécifique au recueil d’aphorismes : ouvert – fermé – silence, ouvert – fermé – silence… tempo discontinu où le silence peut être modulé selon le plaisir et l’ampleur des résonances issues des micro-chocs provoqués d’une page à l’autre. Entre deux ouvertures. Parfois, le silence se prolonge car le propos ne livre pas d’emblée sa substance : il est tordu, il réclame que nous le détordions ou plutôt que notre torsion épouse la sienne. Schiffter le souligne, l’aphoriste est un monsieur plutôt “flemmard” et “primesautier” qui vous fait travailler : il se repose sur l’esprit de finesse des lecteurs. Tous ne l’ont pas, mais la confiance est de principe. Parfois avant que l’éclair du sens n’illumine votre scène intérieure, il faut se “gratter (un peu) la tête”. Souvent non, c’est l’éblouissement de l’évidence, l’éclair froid qui vous fait dire “ah !” et s’apparente à la commotion du haïku (Claudel parlait de ahité  : “cela dans les choses qui fait ah !” et constitue dans la sensibilité poétique japonaise le “moment du haïku”).
Il y a chez Blaise Lesire alias Le Marquis de l’Orée des éclats poétiques à la Scutenaire sur un fond d’outrenoir façon Albert Caraco (ou l’inverse). Comme disait Alexandre Vialatte, la plupart des livres qui paraissent aujourd’hui « sont remplis d’un grand vide comme l’ampoule électrique mais sans filament lumineux ». Là, avec Lesire on est plutôt du côté de la lampe flash…"

(Merci à Patrick Corneau, LDS)

 



dimanche 7 janvier 2024

   "(...) pour tous ceux et toutes celles qui pensent qu'il est toujours possible de dénicher des pépites, des bouquins qu'on espérait pas, même en rêve. J'ai trouvé chez Blaise Lesire l'émotion d'être face à un art de vivre revigorant, j'ai trouvé des mots que je fantasmais de voir écrits. Sa radicalité est son honnêteté, sa sensibilité le gage de sa sincérité. Confrontez-vous à lui et vous recevrez ce plaisir particulier que tout lecteur digne de ce nom aime recevoir, comme une caresse. Je vous reparlerai plus longuement de ce recueil prochainement."

 

Merci à Pierre Stival, LDS assurément.