dimanche 24 mars 2024

    Mon imagination me pousse à chercher refuge dans un lieu retiré comme celui-là, loin des déceptions qui me menacent, mais la raison me retient, et me murmure que le monde est toujours le monde, et l’homme ce même mélange de faiblesse et de folie qui doit tour à tour susciter l’amour et le dégoût, l’admiration et le mépris.

(Mary Wollstonecraft)

 


1 commentaire:

  1. Fragments de nuit pour le Marquis

    Incipit

    Lors de la non-sortie de mon roman imaginaire il y aura en exergue ces mots d'Étienne Roda-Gil :

    "Elle a pris ses enfants et elle les a noyés
    C'étaient seulement des carrés de papier
    Cent-vingt pages déchirées qui allaient se baigner
    Juste là où la Seine embrasse Aubervilliers
    Du haut du pont de fer, elle les a vus flotter
    S'en aller vers la mer nourrir les naufragés
    Un tout petit roman qui disait sans mentir
    Qu'on peut tout inventer, même ses souvenirs"

    Street Confession

    - Je ne suis pas un moraliste forcené mais je n'y peux rien le monde me dégoûte. Mon désarroi est tel qu'il m'arrive d'être violent. Comme je ne sais pas me battre, c'est compliqué, on m'a déjà cassé le nez deux fois... Qu'espérais-je donc de si fabuleux pour être tant déçu ? Rien d'extraordinaire il me semble. Un peu de compréhension, de compassion, de tendresse. Mais depuis que ma mère est passée dans l'au-delà, je n'ai plus accès à cette gratuité de l'amour. Tu prends combien ?

    - 30€ la pipe, 80 la totale.*

    - Va pour la totale, mon chou.

    Sans façon

    - C'est qui ton acteur préféré ?
    - Luke Hamill.
    - Ah... J'connais pas... Tu prends un autre verre ?
    - Oui, prends ce que tu veux. Moi, je reste à la pisse.
    - Ah ? Ouais...
    - C'est moins cher. En alcool, tu vois, je préfère la quantité à la qualité car quand on est fauché c'est soit l'un soit l'autre. Et j'emmerde les aristos et leurs Ouiskis Majuscules ! Mon palais est insensible à leur lumière. Je suis une brute, un nè...
    - Ok Ok... Fait chaud, hein ?
    - Ouais.
    - Tu viens souvent ici ?
    - Hélas.
    - Pour boire apparemment.
    - On ne peut rien te cacher.
    - Tu veux m'enculer ?
    - Bof.
    - Bon, tant pis. Merci pour le verre !

    Vertige de l'amour

    - Tu veux une bière ?
    - Evidemment !
    - Je peux m'asseoir avec toi ?
    - Tu es le bienvenu sur mon trottoir

    Je m'assied.

    - Pas trop dur ?
    - Ça va... L'habitude. Et puis fait pas trop froid c'soir

    il ouvre nos deux bières avec son briquet

    - Merci mec. Mais tu sais j'ai un chez moi. Je dors dehors parce que je suis schizophrène.
    - Ah, c'est cool, t'as de la chance.
    - Bof.
    - Le satin et la soie ne font pas le bonheur.
    - Que tu dis...
    - Tu as une très belle peau. Elle a l'air douce...
    - Tu peux toucher si tu veux.

    15h35, un dimanche

    SMS de Jérôme.
    Le journaliste parle d'un accident de train à New-York.
    Apathie calme.
    Silence.
    Entrecoupé du rire de la voisine du dessus.
    Qui n'est plus célibataire.
    Le soleil est pâle dehors...
    Je m'endors...

    Max.

    * Les tarifs indiqués ici ont, bien entendu, dû évoluer depuis l'écriture de ce court texte. Se renseigner auprès d'une professionnelle pour mise à jour.

    RépondreSupprimer