lundi 26 juin 2017

   Notre époque a créé deux sortes d’hommes mariés : les premiers descendent avec précaution les escaliers en pleine nuit pour consulter des documents importants sur Pornhub.com, et les seconds ronflent abondamment jusqu’à-ce que leurs épouses, excédées, finissent par les réveiller en leur disant : « N’est-il pas l’heure où tu dois consulter des documents importants ? »

(1490)



De l'importance

   Universelle maladresse, éternel conflit. Tous les hommes ne sont cependant pas égaux : la brute humaine existe sous bien des formes, et à divers degrés.


(1489)



Le Surhomme

samedi 24 juin 2017

   Entre deux personnes en résonance s’installe quelque chose d’indicible qui se traduit souvent par l’échange de sons indéfinissables - mugissements ou fragments de syllabes-, le tout entrecoupé de pauses impeccables.
    Mon oncle Emil a raison de rappeler que la véritable communication est muette, mais celle-ci est plus agréable encore lorsque dans le silence complice naissent des grognements, l’esquisse d’un pas de danse, quelques petits cris inconnus, l’invitation au délire.
    « Iminil, ili minil », me dit environ tous les six mois une de mes amies au génie imparable, et à laquelle je réponds avec mes faibles mots : « Es-tu sûre ? »

(1487)




Il sont tous fous, dit chèvre Catin

   Selon mon père, il était nécessaire de prévoir ce qui allait arriver, ce qui avait peu de chance d’advenir, ce qui n’arriverait jamais, etc. Il ajoutait qu’il était tout aussi important de se garder de prévoir quoi que ce soit, puis de faire la synthèse de l’ensemble afin de se tenir prêt sans être préparé.
    Par bonheur, ma mère aimait la pluie. « Allons plutôt marcher », me disait-elle. Sur son chapeau noir à larges bords rebondissaient violemment les gouttelettes, et se formait autour d’elle un intense brouillard. Malgré tout, ses yeux restaient grands ouverts, comme toujours, et à peine plus humides qu’en temps normal. Nous avancions en forêt à la recherche d’un vent plus fort, de cascades et d’animaux bondissant à travers tout.
    J’ai conservé d’elle cette façon d’aborder avec plaisir les endroits impraticables. Quand le ciel s’assombrit, et alors que la plupart des hommes se calfeutrent chez eux, je prends mon chapeau et je vais à la recherche de ces lieux inaccessibles où je serai débordé par des éléments incontrôlables, où se développe l’harmonie entre la folie brute et la sauvagerie, où tout est violence et vitalité chaotique, avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment.

(1486)


Forêt de Bornéo - David Lazar

jeudi 22 juin 2017

   Syndicalistes du monde entier, vous êtes dans l'erreur. Souvenez-vous des paroles de frère Louis :
    « Agrandir et améliorer les cages est le contraire de les abolir. »

(1485)



lundi 19 juin 2017

   Heureux moments pendant lesquels on s’oublie, délicieux instants où l'on oublie les autres...
   Oublie-toi toi-même, oublie tout.

(1483)




samedi 17 juin 2017

   J’ai souvent cette impression étrange d’avoir vécu toutes les vies possibles - moi qui n’ai pourtant pas bougé depuis ma naissance.
    Sitôt ai-je pensé à telle existence - de la plus incandescente à la plus morne, qu’elle m’apparait comme faisant partie d’un passé fort heureusement révolu.
    Cependant, tantôt euphorique, tantôt pétrifié, je persévère au sein de cette foutaise, en me demandant pourquoi les terriens accordent tant de sérieux à leurs activités. Est-il possible qu’ils se placent un jour face au miroir, et qu’ils s’écrient enfin:
    - Nous sommes grotesques !
    Mais non, cela n’arrivera jamais. L’homme le plus sérieux, qui est également le plus triste et le plus dangereux d’entre tous, est écouté avec attention et finalement adulé par la majorité qui, le prenant pour modèle, s’attriste à mesure que le temps passe.

(1481)


Louise Michel, pas Louis

    - N’avez-vous jamais appelé la police ?
    - N’étant pas armé, hélas, je la sollicite de temps à autre pour verbaliser les chasseurs.
    - Avez-vous d’autres idées saugrenues ?
    - J’aimerais rassembler tous les gens d’armes en un même lieu, au même moment, pour qu’ils s’annulent mutuellement.

(1482)


vendredi 16 juin 2017

   Depuis toujours, un même homme, instable et indécis, cherche à écrire un seul et même livre.

(1472)


   Une multitude de causes entrainent quantité d’effets, etc. En appliquant votre théorie, attendez-vous surtout à l'inattendu.

(1475)


   Au marché du village, quand la poissonnière, l’œil menaçant, me demande ce que je pense des migrants, plaie incontestable au sein d’un monde en excellente santé, je lui donne mon avis sur l’espèce humaine tout entière. A quoi bon s’attarder sur quelques hommes en particulier ?

(1466)


mercredi 14 juin 2017

mardi 13 juin 2017

   Dans les commentaires aux articles de l’Annonceur régional, brille la perle sur le fumier.

(1478)


Arthur, merci

   L’affaiblissement de la catastrophe passe par la sieste préventive.

(1477)


   Perdez votre sérieux et le reste viendra tout seul.

(1476)


samedi 10 juin 2017

  - Je préfère être moi-même, dit-il, moi-même et désagréable. Et non un autre, quelque gai qu'il soit.

(Aldous Huxley)


   Un bon lecteur qui aime flâner - il n’en est pas d’autre - est plus intéressant à fréquenter qu’un grand écrivain. Il ne perd pas son temps à écrire et détient par là même une connaissance plus intime de l’essentiel.

(1473)


Lectrice de haut vol

(Document - L'éther)

vendredi 9 juin 2017

   S’il est quelquefois agréable de ressentir une certaine douleur, il est toutefois profitable qu’elle ne s'éternise pas.

(1471)


jeudi 8 juin 2017

   En Thaïlande aussi, les bords de mers ont été grignotés par les migrants économiques. Ceux-ci, grâce à la puissance de petites économies sagement accumulées durant toute une vie, ont pu repousser les autochtones dans des baraquements éloignés.
    La nuit, chacun se rend aux festivités à fort volume organisées dans les forêts de l’arrière-pays, et le jour des autocars chargés de botanistes font halte afin que la fête continue.
 
(1470)


Le bal global
   Entre le cyclisme et le communisme, j’ai une préférence pour le premier, même si j’éprouve une grande inquiétude lors des rassemblements de chaque camp. Quant au capitalisme, inutile de s’en inquiéter : il sombre sous nos yeux aussi sûrement que tout ce qui est né. L’anarchisme viendra ensuite, qui laissera place aux lierres grimpants, mousses et autres arbrisseaux têtus.
    Alors seulement pourrons-nous parcourir le monde avec plaisir, en compagnie des limaces et des métaux rouillés, au royaume des caténaires englouties.
    Sur le capot défoncé d’une berline bondira une chèvre à longues cornes, le ciel sera parsemé de nuages ellipsoïdes et oranges, le vent sera vif et, si tout va bien, nous mourrons peut-être.

(1465)


Gustave et les vents contraires

   Les antibiotiques ont sauvé des millions de personnes, tout en favorisant la croissance de bactéries qui en tueront le même nombre.

(1468)


mercredi 7 juin 2017

   Celui qui parle sans cesse de tolérance est souvent prêt à pardonner le meurtre, jamais le sarcasme.

(1467)



Le grand pardon

mardi 6 juin 2017

   Et même s’il vaut mieux être un miroir plutôt qu’un projecteur, un artiste plutôt qu’un moraliste, il est encore préférable d’être un ermite : la vie de ce dernier n’est pas plus inutile à l'orientation du monde.

(1460)

   - Vous exagérez.
   - L'homme aussi.

(1462)